DES BANQUES ;
et dont il n'aura de nouvelles que tous les six mois par une
feuille de comptes, c’est là une forme abstraite de la pro-
priété qui ne lui dit rien. Et puisqu’il garde les titres et
touche les coupons, il en résulte nécessairement qu’il garde
aussi dans son tiroir l’argent de ces coupons. C’est ainsi
qu'au lieu du dépôt productif, on a la thésaurisation impro-
ductive (1).
Le dépôt, représentant une dette exigible à tout instant,
est évidemment une opération périlleuse pour la banque,
car si elle veut faire fructifier l’argent déposé, elle risque de
ne plus l’avoir le jour où le déposant viendra le réclamer (2).
Mais ce risque est-il une raison suffisante pour empêcher
les banques de faire valoir les capitaux déposés chez elles
et pour les obliger à les garder intacts comme un véritable
dépôt, ainsi que le faisaient les vieilles banques de Venise
ou d'Amsterdam ? Certainement non. Tout le monde se trou-
verait fort mal de cette rigueur :
10 Les déposants eux-mêmes tout d’abord. Car il est clair
que si la banque devait garder leur argent dans ses caves
sans l’emplover, bien loin de pouvoir les bonifier d’un
intérêt, elle devrait leur faire payer au contraire un intérêt
pour ses frais de garde : c’est précisément ce que faisaient
les banques anciennes.
2° Le pays lui-même. Car la fonction sociale des banques
consiste à réunir les capitaux qui restaient improductifs sous
forme d’argent de poche ou de réserve, pour en faire un
capital actif et productif: or il leur serait impossible évidem-
(1) Cependant depuis la guerre ces habitudes de rentier français se sont
modifiées : il a appris à se servir des banques. Aussi le montant des dépôts
a-t-il plus que triplé et on voit s'ouvrir de nouvelles banques à chaque coin
de Le risque de remboursement des dépôts est même plus dangereux que
le risque de remboursement des billets, car le remboursement des dépôts est
certain ; il est sûr que tôt ou tard le dépôt sera réclamé à la Banque, tandis
qu'il n'est nullement certain ni même probable que le remboursement des
billets sera demandé, La plupart circulent jusqu'à être hors d'usage sans avoir
jamais été portés à la Banque pour être remboursés. Bon nombre n’y revien-
nent jamais !
Gme. P. R. 25e édition.
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