: PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
France qui leur sert ainsi de caissier. Celle-ci est donc la
Banque des banques. Et pour suffire à ce rôle de réserve de
toutes les banques du pays, il faut qu’elle ait une encaisse
énorme. Cela ne lui laisse pas une grande marge pour l’émis-
sion de ses billets ni par conséquent pour des bénéfices
exceptionnels, surtout si l’on tient compte des charges nom-
breuses que l’Etat lui impose comme prix de ce privilège.
D'ailleurs, à l’étranger aussi le droit d’émettre des billets ne
fait pas beaucoup de jaloux, et la preuve c’est que le ben
nombre de banques, qui en jouissent encore en Allemagne
et en Angleterre, l’abandonnent volontairement.
En somme donc, le monopole d’émission conféré à une
Banque unique — banque privée mais contrôlée par l’Etat —
paraît la meilleure solution, du moins en pratique. Flle se
trouve réalisée dans l’organisation de la Banque de France,
qui a été mise à l’épreuve depuis un siècle et a subi victo-
rieusement bien des crises politiques et économiques.
$ 2. Réglementation ou liberté de l’éraission.
Voici une autre question. Autre chose est la liberté des
banques au sens de libre concurrence entre elles, autre chose
la liberté des banques au sens de liberté d’émettre des billets
à leur gré. Non seulement la première ne comporte pas
nécessairernent la seconde, mais même on peut dire que là
où existe la liberté des banques au sens de libre concurrence,
c’est là que la réglementation de l’émission est la plus sévère
— comme nous le verrons pour les Etats-Unis — et là au con-
traire où le monopole est le mieux réalisé, c’est là que la
réglementation de l'émission est la plus libérale, comme
nous le verrons pour la France. Et cette contradiction appa-
rente s'explique aisément, car il est clair que d’autant plus
nombreuses seront les banques d’émission et d’autant plus
dangereux sera-t-il de leur laisser la bride sur le cou.
Au beau temps de la doctrine libérale, c’est-à-dire au
milieu du siècle dernier, c’était un principe admis que toute
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