LE MODE EXISTANT 441
des financiers et des gouvernants, qui sont offerts au riche
capitaliste et interdits au petit rentier, à plus forte raison au
salarié.
Il est donc évident que l'inégalité des rémunérations obtenues
résulte surtout de l'inégalité des apports. La répartition
des revenus est nécessairement prédéterminée par l’appropriation
des terres et des capitaux. Il ne suffit pas de constater
que « chacun retire l’équivalent de ce qu’il a versé ». Encore
faudrait-il savoir d’où chacun a tiré ce qu'il verse. Pourquoi
les uns arrivent-ils sur le marché, ou plutôt arrivent-ils en
ce monde, déjà nantis en naissant, et presque sûrs d’avance
de se faire la part du lion ?
Et par qui donc ont-ils été nantis ? — Est-ce par leur
propre travail ? — Est-ce par la loi ? — Est-ce par la force?
Voici ce qu’il faut maintenant examiner.
Constatons encore que s’il est vrai que ce régime ait cette
supériorité qu’on vante d’aller « tout seul », pourtant il n’est
pas vrai qu’il se soit fait tout seul! S’il va de lui-même c’est
parce que maintenant le mécanisme est tout monté. Mais
quand il s'est agi de le mettre en branle, c’est-à-dire de créer
la propriété individuelle avec tous ses attributs, fermage,
rente, intérêt, il a fallu des siècles de conquêtes, cent révolutions,
mille lois, toute la puissance des rois, ou des nobles, ou
des Parlements. Et à vrai dire, ce travail de transformation
se poursuit sans cesse, en sorte qu’il serait bien difficile de
découvrir ce qui peut rester de l’ordre soi-disant naturel sous
l’ordre économique existant.
Comment on acquiert la propriété.
La question de la propriété ne tient pas grande place dans
les traités d'Economie politique : il y en a même beaucoup
et des plus importants, surtout à l’étranger, où on ne la
trouvera pas mème mentionnée dans la table des matières.
1V