PRINCI ES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
aux mérites individuels. Et c’est ce qu’elle exprimait par sa
formule célèbre : « À chacun selon sa capacité, à chaque
capacité selon ses œuvres »
Mais la difficulté, c’est de trouver.le moyen de mesurer
les capacités ou même d’apprécier les œuvres de chacun.
Nomination par le gouvernement? examens ou concours ?
élection ? cooptation ? tous ces moyens se sont montrés à
l’expérimentation si défectueux qu'on en vient, de découragement,
à se demander si le tirage au sort, comme pour les
membres des jurys criminels, ne vaudrait pas autant !
Et du reste, même en supposant qu’on pût trouver un
critérium infaillible des talents, est-on bien sûr qu’un tel système,
qui répartirait les fortunes selon les capacités, fût le
plus conforme à la justice ? On peut très bien soutenir, au
contraire, que la supériorité intellectuelle, pas plus que la
supériorité physique, ne doit être un titre à la richesse. Elle
constitue déjà par elle-même un privilège assez enviable et
n’a pas besoin d’être aggravée encore par un nouveau
privilège, à savoir le droit de revendiquer une plus forte
part des biens matériels (1).
$ 3 — A chacun selon son travail.
Pour les écoles socialistes actuelles, le principe de répartition
c’est à chacun selon son travail : mais ce principe
compoite deux interprétations très différentes selon que
par le mot travail on entend la peine prise, l’effort exercé ;
— ou bien /e résultat obtenu, l’œuvre accomplie,
C’est généralement dans le premier sens que le principe « à
chacun selon son travail » est entendu par les collectivistes
et socialistes ouvriers. Dans le marxisme ce principe de
répartition est parfaitement logique, car il est lié à la
théorie marxiste qui fait du travail l’unique fondement de la
(1) Voir ce que dit M. Renouvier : « À consulter l’opinion publique, il semblerait
que le plus intelligent et le plus habile est une sorte de créanciernaturel
des esprits ordinaires. Mais ce sont là de graves erreurs contre la loi morale »
(Morale, t. 11).
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