PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
pendant plus d’un siècle, aux discussions des économistes.
Cette théorie est présentée sous deux aspects qu'ilimporte de
distinguer : — sous la forme qu’on peut appeler statique, elle
explique la rente foncière par la façon dont se fixe le prix
des produits agricoles sur le marché ; — sous la forme qu’on
peut appeler dynamique, elle montre l’élévation graduelle de
la rente foncière dans l’histoire économique. C’est sous celte
dernière forme que la théorie de la rente a le plus frappé les
esprits, mais c’est sous la première qu’elle a fourni la contri-
bution la plus précieuse à la science économique. Commen-
cons donc par celle-ci.
Considérons quelques centaines de sacs de blé vendus sur
un marché. Il est évident qu’ils n’ont pas tous été produits
dans des conditions identiques; les uns ont été obtenus à
force d’engrais et de travail, les autres ont poussé çomme
d'eux-mêmes sur un terrain fertile : ceux-ci arrivent du bout
du monde, ceux-là de la ferme voisine. Si donc chaque sac
portait, inscrit sur une étiquette, son coût de production, on
n'en trouverait pas deux peut-être sur lesquels on pût lire le
même chiffre. Supposons, par exemple, dix sacs : le sac À
aura coûté 10 francs de frais de production, B coûte 11 francs,
C coûte 12 fr., etc, jusqu’à Z qui a coûté 20 francs.
Mais nous savons, d’autre part, qu’il né saurait jamais y
avoir qu’un seul et même prix sur un marché pour des pro-
duits similaires (p. 245). Le prix de vente sur tous ces
sacs de blé sera donc le même. Alors, comment — les prix
de revient étant tous différents et les prix de vente étant tous
identiques — la coïncidence entre le prix de vente et le prix
de revient pourra-t-elle s’établir ?
Voici la réponse : la coïncidence aura lieu seulement entre
le prix de vente et le prix de revient du sac qui a coûté le
plus à produire — soit le sac Z qui a coûté 20 francs, dans
l’exemple que nous avons pris. La raison en est bien simple :
il faut que le prix de vente soit au moins suffisant pour rem-
bourser les frais du vendeur malheureux qui a produit le blé
dans les conditions les plus défavorables, car, s’il en était
autrement, celui-ci n’en apporterait plus sur le marché ; or,
490