PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
De la légitimité de la propriété foncière.
H faut avouer que les explications qui viennent d’être
données sur la propriété de la terre et sur la rente semblent
très compromettantes pour la légitimité de cette institution
et pour l’opinion généralement professée qu’elle est la base
de l’ordre social.
En effet, si la propriété foncière est, comme l’enseignaient
les Physiocrates, Adam Smith, J.-B. Say, etc., un monopole
tenant à l'appropriation des facultés naturelles de la terre
— il paraît difficile de parer l’apostrophe de Proudhon :
«Qui a fait la terre? Dieu?..... En ce cas, propriétaire,
retire-toi ».
Si l’on préfère croire, avec Henri George, que la valeur de
la terre et l’ascension fatale de la rente sont dues à l’action
de causes sociales — accroissement de la population, progrès
de la civilisation, etc. — en ce cas, il semble que cette valeur
devrait appartenir à qui l’a créée, c’est-à-dire à la société,
et non au propriétaire qui n’en est pas l'auteur.
Si l’on préfère la théorie de Ricardo, d’après laquelle la
rente serail due à la loi générale qui régit les prix, la situation
du propriétaire serait un peu meilleure, car il pourrait
dire : Je n’ai rien pris à personne et si même j’abandonnais
ma rente au fermier ou au consommateur, elle n’en subsisteralt
pas moins. Néanmoins, ce revenu, dû aux circonstances,
n’en n’est pas moins un revenu indépendant de tout
travail, unearned increment, disent les Anglais.
Les économistes classiques se préoccupaient peu de chercher
à établir la légitimité de la propriété foncière ; ils
cherchaient seulement à établir ses origines et ses caractères
— et en cela d’ailleurs leur attitude était parfaitement conforme
à la méthode scientifique qui doit se proposer d’expliquer
les faits et non de faire leur apolosie. C’est donc au
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