PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
cellerie à raison des récoltes abondantes qu’il obtenait sur
sa terre, alors que les champs voisins n’étaient que des
landes, fut cité à comparaître devant le prêteur de Rome, et
là, pour toute défense, montrant ses deux bras, il s’écria :
veneficia mea hæc sunt ! « voilà tous mes sortilèges ». La propriété
foncière, pour se justifier des attaques qu’on dirige
contre elle, n’a qu’à répéter aujourd’hui la même fière
réponse (1).
Et si même la terre n’était pas un produit direct du travail,
elle serait du moins, dit-on, le produit du capital. La
valeur de la terre et sa plus-value séculaire s’expliqueraient
suffisamment par les améliorations et les dépenses faites par
les propriétaires, et on aflirme même que si l’on faisait le
compte de toutes les dépenses accumulées par les propriétaires
successifs, on arriverait à cette conclusion qu’il n’y a
pas de terre qui vaille ce qu’elle a coûte,
Malgré la part de vérité que contient incontestablement
cette argumentation, elle ne nous paraît point suflisante.
Sans doute, l'homme et la terre ont été unis de tous temps
par le lien du travail quotidien et même dus travail le plus
dur, celui pour lequel on a inventé l’expression de travailler
à la sueur de son front : le mot labor est le même que labourer.
Mais si la terre est l’instrument du travail, elle n’en est
pas le produit. Elle préexiste à tout travail de l’homme. Sans
doute, l’homme perfectionne et modifie tous les jours par son
travail et ses dépenses ce merveilleux instrument de production
que la nature lui a fourni, pour le mieux adapter à
ses fins, et en ce cas il lui confère évidemment une utilité et
une valeur nouvelles. Nous reconnaissons même que, au fur
et à mesure que l’art agricole fait des progrès, la terre tend
à devenir de plus en plus un produit du travail, puisque,
dans la culture maraîchère, par exemple, le terreau est un
composé artificiel préparé de toutes pièces par le jardinier.
(1) L’historien Michelet a dit : «L’homme a sur la terre le premier des
droits : celui de l’avoir faite». Les Physiocrates aussi faisaient reposer le
droit de propriété sur les dépenses faites pour créer le domaine, ce qu’ils
appelaient les avances foncières ».
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