LES PROPRIÉTAIRES FONCIERS #3
jurisconsulte ou au moraliste, plutôt qu’à l’économiste, qu’il
appartient de répondre à la question qui sert de titre à ce
chapitre.
Nous avons déjà discuté la légitimité de la propriété privée
en général (pp. 146-149), en cherchant quel était le fondement
de ce droit de propriété — travail ? utilité sociale ? — et on
pourrait penser qu’il suffit de nous y référer, la propriété
foncière n’étant qu’un cas particulier de la propriété en
général.Il est vrai, mais pourtant elle a certains caractères
uniques et tels que bon nombre d’économistes qui acceptent
la propriété privée en général, qui se défendent d’être socialistes
et mrême se donnent comme individualistes, n’ont pu
consentir à admettre que la terre pût rester l’objet de l’appropriation
individuelle. Pourquoi done ?
C’est que l’un et l’autre des deux titres qui ont servi à la
justification de la propriété ordinaire paraissent ici tout
particulièrement fragiles.
Si l’on admet, comme le font généralement non seulement
les socialistes mais les économistes, que le fondement de la
propriété ce doit être le travail, alors comme la terre évidemment
n’est point créée par l’homme, il faudrait logiquement
en conclure que la terre ne doit pas être individuellement
appropriée.
Il est vrai que l’école optimiste nie absolument cette distinction
entre la terre et les richesses mobilières. Elle
déclare que la terre est un produit du travail du cultivateur
tout aussi bien que le vase d’argile façonné par la main du
potier. Sans doute. l’homme n’a pas créé la terre, mais il n’a
pas non plus créé l’argile : le travail ne crée jamais rien ; il
se borne à modifier les matériaux que la nature lui fournit ;
or cette action de travail n’est pas moins réelle ni moins
efficace quand elle s'exerce sur le sol lui-même que sur les
matériaux tirés de son sein. Et elle nous cite en exemple
des terres telles que celles que les paysans du Valais ou des
Pyrénées ont rapportées de toutes pièces sur les pentes de
leurs montagnes, en les portant dans des hottes sur leur dos.
Un auteur ancien nous raconte qu’un paysan accusé de sor-KR