LES PROPRIÉTAIRES FONCIERS bot
nous instruire. Dans les colonies hollandaises, et naguère
en Australie, la terre n’est concédée que pour un temps
limité : il est vrai qu’ici la durée de la concession va jusqu’à
99 et même 999 ans! Mais quoiqu’une telle durée soit l’équi-
valent de la perpétuité, cependant cette clause suffit pour
sauvegarder le domaine éminent de l’Etat et lui permettre
d’exercer un contrôle sur le propriétaire : en effet, le pro-
priétaire n’étant plus qu’un concessionnaire, qu’une sorte
de fermier à bail quasi perpétuel, n’a plus le droit caracté-
ristique de la propriété, le jus abutendi, le droit de faire ce
que bon lui semble.
Dans tous les pays neufs et dans les colonies il restait
encore, il y a un demi-siècle, un immense domaine public,
qui malheureusement a presque disparu par les conces-
sions démesurées et à vil prix consenties à des individus ou
à des Compagnies. Si ces concessions n’avaient été faites
qu’à titre temporaire les Etats se seraient ménagés de pré-
cieuses ressources pour l’avenir et auraient facilité peut-
être aux générations futures la solution de la question
sociale. Seulement il se trouve que c’est justement là où il
serait le plus facile de prévenir les abus de la propriété
foncière qu'on en sent le moins le besoin! En effet, la pro-
priété foncière, quand on la considère dans un pays neuf et
à l’état naissant, telle par exemple qu’on peut la voir encore
dans les pampas de la République Argentine ou dans l’Aus-
tralie, n’a que des avantages et point d’inconvénients.
Comme, d’une part, elle ne porte que sur des terres défri-
chées par les pionniers et ne s’étend que dans la mesure
même où s'étend la culture, elle apparaît comme consacrée
par le travail. Comme, d’autre part, elle n’occupe encore
qu'une petite partie du sol et que la terre est en quantité
surabondante, elle ne constitue en aucune facon un mono-
pole et reste modestement soumise, comme toute autre
entreprise, à la loi-de la concurrence.
C’est seulement au fur et à mesure que la société se déve-
loppe et que la population devient plus dense qu’on voit le
caractère de la propriété foncière commencer à changer
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