LES SALARIÉS OT
aussi d’attendre et de marchander. En ce cas, le jeu de la loi
de l’offre et de la demande se trouve non pas faussé, mais au
contraire rétabli dans les mêmes conditions que pour tous
les autres contrats. C’est là ce qu’on appelle le contrat col-
lectif du travail. Jusqu’à présent, il n’avait fonctionné que
sous forme de traités de paix à la suite de grèves. Mais pour-
quoi, au lieu d’intervenir accidentellement et comme dé-
nouement d’un conflit, n’interviendrait-il pas normalement
comme mode de constitution du contrat de salaire ?
La difficulté c’est que tout contrat implique un échange de
volontés, par conséquent l’existence de personnes réelles. Or,
comment donner à un groupe d'ouvriers une personnalité
juridique et des représentants légaux. Qui signera? et qui sera
engagé par les signatures données ? Peut-être que demain, ou
dans peu de temps, ces ouvriers auront été remplacés par
d’autres ; ce ne seront plus les mêmes. Dira-t-on qu’ils seront
représentés collectivement par le syndicat de leur métier?
Oui : c’est bien à cette solution qu’on se raccroche. Mais
les syndicats ne groupent qu’une fraction minime de la popu-
lation ouvrière. Peut-être aucun des ouvriers de l'usine où
doit se négocier ce contrat collectif -n’en fera-t-il partie.
Alors le patron n’aura-t-il pas le droit de répondre — c’est
la formule stéréotypée : «Je veux bien traiter avec mes
ouvriers, mais non avec des étrangers». Et en admettant
même qu’on passe outre à cette difficulté, le syndicat lui-
même offrira-t-il plus de garanties ? Quelle sera sa responsa-
bilité en cas d’inexécution du contrat? Paiera-t-il des
dommages-intérêts en cas d’inexécution ? et avec quoi, s’il
n’a rien en caisse ?
Ce qui rend les patrons très antipathiques au contrat
collectif c’est qu’ils ont le sentiment que dans ce contrat
nouveau eux seuls seraient moralement et pécuniairement
engagés, mais non les ouvriers. Il faut avouer que si les
essais de contrat collectif faits jusqu’à ce jour ont donné de
bons résultats en Angleterre et mème en Allemagne, il n’en
est pas de mème en France. Très souvent ils ont été violés,
les deux parties rejetant l’une sur l’autre la responsabilité de
oO.