LES SALARIÉS 505
20 A l'Etat, en tant que représentant de la Nation et en
vertu de la loi de solidarité sociale qui veut que puisque
tous les membres de la société participent aux fruits de la
production, tous participent aussi à ses charges nécessaires.
Cela est frappant surtout pour le chômage, parce que ce
fléau est toujours dû à des causes sociales (voir ci-après,
p. 610).
Seulement, lorsque l'Etat prend l’engagement de garantir
l'ouvrier contre les conséquences des risques de la vie, n’a-
t-il pas le droit, en retour, d'imposer à celui-ci l’obligation
de coopérer lui-même dans la mesure de ses ressources à
cette assurance — et s’il l’impose à l’ouvrier, ne faut-il pas,
par égalité, l’imposer du même coup au patron ? C’est ainsi
que l’intervention de l’Etat dans l’assurance conduit logique-
ment à l’assurance obligatoire.
Ces deux traits — obligation légale de l'assurance pour les
intéressés, et collaboration (par portions variables selon la
nature du risque) de trois facteurs, le salarié, le patron,
l'Etal — caractérisent le système dit allemand parce qu’il a
été inauguré dans ce pays par des lois célèbres dont la pre-
mière date de 1883.
Après ces données générales sur les assurances de la vie
ouvrière, voici quelques indications sommaires sur chacune
d’elles.
$ 1. La maladie.
C’est le seul des cinq auquel l’initiative privée ait réussi à
faire face, dans une mesure à peu près suflisante, par le
moyen de l’association. En effet, si la maladie, pour peu qu’elle
soit prolongée, fait une terrible brèche dans le budget de
l’ouvrier qu'elle frappe individuellement et constitue mème
une des causes les plus fréquentes du paupérisme, il n’en
est pas moins vrai que si l’on prend un assez grand nombre
d'hommes, d’âge et de santé moyens, le nombre des jour-
nées de maladie ne dépasse pas sept à huit par an. Par con-
séquent les frais de maladie proprement dits, c’est-à-dire les
honoraires du médecin et le prix des médicaments, qui
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