LA POPULATION :
marchés étaient encombrés de produits industriels et agri-
coles, à tel point que les Etats élevaient des barrières de
douanes pour se protéger contre ce qu’ils appellent l’inon-
dation des produits étrangers, en sorte que la préoccupa-
tion d'hier, plutôt l'inverse de celle de Malthus, c’était
celle-ci : comment trouver des débouchés suflisants à la
production ?
En ce qui concerne la progression trop rapide des
hommes, le démenti paraît encore plus frappant. Car c’est
le ralentissement de la natalité qui est rapide ! non seulement
en France, mais dans tous les pays qui la suivent dans cette
voie, à ce point qu’il est devenu un sujet d’anxiété pour tous
les hommes qui ont souci de l’avenir de leur pays. L’ordre
des préoccupations se trouve interverti ! celle du jour est :
comment faire pour relever la natalité qui tombe ?
Et pourtant la constatation de ces faits n'implique nulle-
ment, comme on le répète sans cesse, que les lois de Malthus
sont erronées. Laquelle des deux le serait ?
Est-ce celle exprimée par la progression géométrique de
la population? On pourrait lui reprocher plutôt de n’êètre
qu’un truisme : il est évident que la génération est, par
définition même, une « multiplication »; et que, livrée à elle-
même, elle dépasserait infiniment les possibilités de la pro-
duction agricole et même industrielle. Et les faits, loin de
démentir, confirment. L’Europe, à la veille de la guerre,
était arrivée au chiffre de 460 millions d'habitants, ayant vu
sa population tripler au cours d’un siècle; et, malgré la
diminution énorme du taux de la natalité, elle continuait à
s’accroître de 5 à 6 millions d’âÂmes par an, ce qui suffirait
pour la faire doubler en 60 ans — soit 900 millions d’habitants
en l’an 1980 et 1.800 en l’an 2.040!
Serait-ce alors la seconde loi, celle de la progression de
l’alimentation ? Mais on pourrait lui reprocher plutôt d’être
optimiste, car le taux de cette progression dépasse les possi-
bilités. Si on considère la production que Malthus et Ricardo
avaient spécialement en vue, celle du pain, il semble qu’elle
approche déjà de sa limite maxima. En effet, la population
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