LA DÉPENSE l
ou lorsqu'elle l’a été, le vendeur a cessé d’apporter ses pro-
duits au marché.lla donc fallu compléter la taxation par une
mesure plus rigoureuse, par la réquisition chez le producteur.
La création de magasins municipaux a donné des résultats
beaucoup plus satisfaisants, le prix de vente municipal s’im-
posant sur le marché par l’effet de la concurrence.
3o Protéger les consommateurs contre la falsification des
denrées. Tandis que les deux modes précédents d’interven-
gion de l’Etat n’ont qu’un caractère exceptionnel, celui-ci,
au contraire, prend une extension croissante. La raison en
est double : d’une part, les progrès vraiment merveilleux
dans l’art de la falsification (p. 160) ; d’autre part, les progrès
parallèles dans la connaissance des lois de l’hygiène, c’est-
à-dire des propriétés des substances alimentaires et de leur
meilleure utilisation pour l'entretien de nos fonctions et de
nos énergies. Dans tous les pays, et en France aussi, de
nombreuses lois ont été votées pour la répression des
fraudes sur le vin, sur le beurre, sur le lait, sur le sucre, sur
la viande, etc. Et finalement une loi organique du 5 août
1905 a étendu le contrôle de la loi à « toutes les denrées ser-
vant à l’âlimentation de l’homme ou des animaux ».
De tous les modes d'intervention de l’Etat, c’es€celui que
les économistes de l’école libérale trouvent le plus imperti-
nent. Quand il s’agit de la consommation, cette immixtion
du législateur dans des questions de cuisine, revêtant pour
l’occasion le bonnet de docteur, leur parait aussi grotesque
que celle du médecin de l'Île de Barataria qui désignait de
sa baguette impérieuse les plats que le malheureux Sancho
pouvait manger et ceux qu’il fallait renvoyer.
Pourtant aflirmer, comme ils le font, que le consomma-
teur est suffisamment en mesure de savoir ce qu’il con-
somme et de veiller à ses intérêts, c’est méconnaître que
possédät-il même toutes les connaissances de l’hygiène, il
est le plus souvent dans l’impossibilité de choisir, surtout
s’il est dans la clientèle pauvre. Pense-t-on que les petits
enfants qui sont empoisonnés par le lait soient « les meil-
leurs juges de leurs intérêts » ?
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