Full text : Les questions fondamentales du marxisme

12 G. V. PLÉKHANOV
« grand publie », qui ne s’est pas encore élevé à la compréhension
 approfondie des doctrines philosophiques, mais
même parmi ceux qui se considèrent comme les disciples
fidèles de Marx et d’Engels, tant en Russie que dans le
reste du monde civilisé. Ces deux côtés sont considérés
comme quelque chose de complètement indépendant du
« matérialisme philosophique » et même, peu s’en faut,
comme opposé à celui-ci (1). Mais comme ces deux côtés,
arbitrairement détachés de l’ensemble des conceptions qui
leur sont apparentées et en forment la base théorique,
ne peuvent rester suspendus en l’air, les gens qui les ont
détachés se sentent tout naturellement le besoin d’ « étayer
le marxisme > à neuf, en l’accouplant — et cette fois encore
tout à fait arbitrairement et le plus souvent sous l’emprise
de courants philosophiques prédominant parmi les idéologues
 de la bourgeoisie — à tel ou tel philosophe, à Kant,
Mach, Avenarius, Ostwald, et, dans les derniers temps, à
Joseph Dietzgen. Il est vrai que les conceptions philosophiques
 de J. Dietzgen se sont formées tout à fait indépendamment
 des influences bourgeoises, qu’elles sont, dans
une mesure notable, apparentées à celles de Marx et d’Engels.
 Mais les conceptions philosophiques de ces derniers
ont un contenu incomparablement plus ordonné et plus
riche, et, pour cette seule raison déjà, ne peuvent pas être
complétées, mais tout au plus popularisées jusqu’à un
certain point à l’aide de la doctrine de Dietzgen. Jusqu'ici
on n’a pas essayé de « compléter Marx » par saint Thomas
d’Aquin (2). Cependant, il n’y a rien d’impossible à ce que,
malgré la récente encyclique du pape contre les modernistes,
 le monde catholique ne donne naissance à un pen
seur capable de cette prouesse théorique.
Ordinairement, on plaide la nécessité de « compléter »
le marxisme par telle ou telle philosophie en alléguant que
Marx et Engels n’ont nulle part exposé leurs conceptions
philosophiques. Mais pareille allégation est peu convaincante,
 et si même elle était fondée, ce ne serait pas une
raison pour remplacer les conceptions philosophiques de
Marx et d’Engels par celles du premier penseur venu se
plaçant souvent à un point de vue totalement différent. Il
            
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