Full text: L'Impôt foncier et la captation personelle sous le Bas-Empire et à l'époque franque

L’IMPOT FONCIER ET LA CAPITATION PERSONNELLE 
Cette théorie, d’une logique rigoureuse, ne semble pas avoir fait 
fortune au xvin° siècle. Dans son Histoire critique de l'établissement 
de la monarchie françoise dans les Gaules, parue en 1734, l’abbé 
Dubos s’en tient à l’interprétation de la capitation personnelle, mais 
il Ja comprend comme une cote-part: plusieurs pauvres sont asso- 
ciés pour payer une seule « tête », ou, au contraire un riche doit 
porter plusieurs cote-parts !. 
Dans son ouvrage sur la Décadence de l’Empire romain, Gibbon se 
trouva naturellement amené à s’occuper de la question. Il n’admet 
qu’un seule espèce de capitation, mais son interprétation est plus sou- 
ple que celle de Godefroy. La capitation est à la fois personnelle et 
foncière, personnelle dans la forme, réelle, territoriale dans le fond : 
les capita ne sont pas des têtes de personnes, mais des unités fiscales. 
« La taxe que fournissait chaque ville ou chaque district feprésen- 
tait à la fois le nombre des contribuables et le montant des imposi- 
tions publiques. On divisait la somme totale’ par le nombre des 
têtes ; on disait communément que telle province contenait tant 
de têtes de tribut et pour chaque tête payait telle somme*. » En 
d’autres termes les capita sont assimilables aux « feux » fictifs de 
l’administration de l’ancien régime, lesquels ne sont que des cotes, 
des coefficients. 
Cette explication ingénieuse, et qui a sa part de vérité, ne tient 
pas compte des textes où la capitation apparaît comme une taxe 
véritablement personnelle. Au surplus, il ne semble pas que Gibbon 
se soit livré à une étude personnelle des.textes*. 
Le problème devait êtrere pris et renouvelé par l’illustre romaniste 
allemand, Savigny, il y a un siècle, et si complètement qu’on peut 
…. Livre Ier, chap. 12. — L'abbé Dubos dans son Histoire critique de l'établisse- 
ment de la monarchie française (t. I, p. 127) et Schwartz dans son De jure italico 
(Altorf, 1741, p. 24), s’en tiennent au système des glossateurs. En Allemagne 
cependant Hegewisch accepte pleinement les vues de J. Godefroy dans son livre 
die Rômische Finanzen (Altona, 1804, p. 273, 275, 289). De même Manso, Leber 
Constantin’s (Breslau, 1817, p. 185). Bosse ne se prononce pas nettement dans son 
Finangwesen im rômischen Staat (Braunschweig, 1804, t. II, 14, 210). Vov. Savigny, 
t.II, p. 62, note 1. 
2. Gibbon termine son œuvre en 1787. Le passage qui nous intéresse est au 
t. II, p. 65. — Cf, trad. Guizot, t. III (1812), p. 406. 
3. Voy. P. Viollet, Instit. politiques, III, $ 12-522. 
4. L’exposé de Gibbon a rallié les suffrages de Bosse en Allemagne, Finanzwe- 
sen in rômischen Staat (Brunswick, 1803, t. II, p. 209), en France de J. Naudet, 
Des changements opérés dans toutes les parties de l’administration de l’Empire romain 
Paris, 1817, t. II, p. 345).
	        
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