PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
d’être plus réguliers : qu'il neige ou qu’il vente, que le
rentier soit bien portant ou confiné dans son lit par la
maladie, qu’il soit jeune ou invalide, qu’il reste chez lui ou
qu’il coure le monde comme globe-trotter, toujours son
revenu court après lui et ne lui fait jamais défaut. Ainsi le
fait d’avoir des rentes assure tout d’abord ces deux biens,
supérieurs à toutes les jouissances que la fortune sous
d’autres formes peut procurer : la sécurité et l'indépendance.
Voilà assurément une situation bien privilégiée et il est
permis de demander à ces heureux mortels quel dieu leur
a fait ces loisirs, deus vobis hæe otia fecil ?
Ils répondent : c’est le travail lui-même. Nous vivons sur
le produit d’un travail passé.
Que vaut cette réponse ? — Quand ce travail passé est le
sien, quand le rentier est un fonctionnaire qui touche sa
pension de retraite, ou quiconque a économisé pour ses
vieux jours — personne n’a rien à objecter. L'homme ne
peut être condamné aux travaux forcés à perpétuité : quand
il a travaillé pendant la période productive de sa vie, il est
bien juste qu’il puisse se reposer pendant la période impro-
ductive.
Mais quand ce travail passé est celui d'autrui — père,
grand’père, bisaïeul, ou même étranger, qui, à une époque
quelconque, a créé la fortune et l’a laissée au rentier avec le
droit de la manger dans l’oisiveté — la question devient plus
embarrassante.
Pourquoi cela, dira-ton? Nous avons comparé les pièces
de monnaie à des bons de consommation donnant droit à
consommer telle quantité de richesses qu’on choisira, jusqu’à
concurrence de leur valeur (p. 276). Eh bien! un homme a
gagné par son travail un grand nombre de ces bons : s’il ne
veut pas les utiliser pour lui-même (présentement ou plus
tard), il les transmettra à quelqu’un qui les utilisera à son
lieu et place.
Au point de vue économique, soit ! mais au point de vue
moral on peut être exigeant. L’oisif rentier est-il quitte
envers la société par le simple fait qu’il a payé avec un
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