{11
de 500 pages (op. cit.) contre la déviation de cette union
dans le sens capitaliste. Cette déviation est allée si loin
qu’on a pu voir, en 1904, l’Union établir entre elle et la
société par actions Bell une communauté d’intérêts extrêmement
suspecte, si on la juge du point de vue du
profit qu’en pouvait retirer le consommateur. Müller est
indigné que les milieux coopérateurs aient laissé triompher
une mentalité de profiteurs, sans voir que le contraire
est quasi inconcevable, à moins de sortir du monde
et de ses réalités. Estimant que lui et son livre représentent
la vérité, il leur prédit une victoire certaine
pour tout de suite ou plus tard. Nous craignons que ce
« plus tard » ne se fasse terriblement attendre.
La société coopérative appartient au crépuscule du
capitalisme. Elle représente l’entreprise capitaliste d’une
époque où les fondements de la société actuelle auraient
été renversés. Elle serait l’entreprise par excellence dans
une société collectiviste, la seule possible même, car il
va sans dire qu’un monopole d’Etat embrassant toute la
vie sociale, ainsi que le rêvent les socialistes, ne créerait
rien, à supposer même qu’il soit viable. Les initiatives
créatrices devraient se faire jour ailleurs, et nous ne
c&ncevons pas d'autre forme sous laquelle les réaliser
dans l’économie collectiviste que précisément la société
coopérative, la seule société commerciale qui ne laisserait
en apparence, aucun profit aux mains de l'entrepreneur.
Aussi y a-t-il longtemps que le mariage est consommé
entre socialisme-communisme et coopératisme,
quoique les socialistes se soient tenus, assez longtemps,
dans l’expectative pour n’abandonner leur prudente réserve
que lorsque l'identité des deux mouvements, d’origine
indépendante, est apparue dans toute son aveuglante
clarté *.
* «Die Genossenschaft hat sogar innige, geistige Beziebhung
zum Sozialismus». (Hans Müller, op. cit, p. 421.
Cette phrase est tirée de sa leçon inaugurale comme privat-docent
sur les questions coopératives à l’Université de
Zurich. en 1915).