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Que cette identité soit niée par les cercles dirigeants
des coopératives, voilà qui n’étonnera personne : il s’agit
de garder à ces sociétés leur clientèle bourgeoise, fort
nombreuse, et la plus intéressante *, Ce sont surtout les
paysans qui la constituent, probablement parce que le
paysan, naturellement regardant, est séduit par un sys-
ième qui élimine, soi-disant, le profit de l’intermé-
diaire 2. « Combien souvent j'ai déjà observé, dit l’organe
! Elles comptent même des détaillants. Thur (op. cit, p.
25) prétend avoir vu de nombreux détaillants d’autres bran-
ches que l’épicerie acheter leur épicerie à la coopérative.
Cela ôte naturellement du poids à leurs protestations contre
l’existence des coopératives. Quant aux artisans, il est bien
difficile de les faire renoncer aux coopératives. Lorsqu’on
les presse, il peut leur arriver de répliquer avec une grande
violence et de contre-attaquer sur un ton bien plus inami-
cal, à l’égard des détaillants, que celui des pamphlets des
coopératives. Cf. Gewerbezeitung, passim, surtout No 14 de
1918. Cf. aussi Faucherre, Mittelstandsbewegung und Kon-
sumgenossenschaften, p. 38. Mais il va sans dire que les
milieux officiels des arts et métiers ne veulent rien savoir
d’une rivalité entre artisans et commerçants. Le vingt-
neuvième rapport de l’A. E. S. contient, p. Z un passage
très intéressant sur le sujet qui nous occupe :
«L'’artisanat suisse a, par deux fois, à l’instigation de
» dirigeants du mouvement des détaillants, pris des résolu-
» tions qui posent en principe l’incompatibilité de l’appar-
»tenance à une société d’arts et métiers avec l’apparte-
» nance à une coopérative de consommation. Le bien-fondé
» de ce point de vue est incontestable. Quoique plusieurs
» porte-parole du mouvement artisanal, d’accord en prin-
» cipe avec cette exigence, aient trouvé prématurée l’accep-
» tation des résolutions en question et en aient recommandé
»le rejet, celles-ci ne furent pas moins votées à une forte
» majorité. Et si, plus tard, la direction de l’Union suisse
» des arts et métiers a dû essuyer des reproches parce que
» ces résolutions n’ont pas été suivies d’application, ces re-
» proches sont injustes. Il est facile de voter des résolutions
» dont chaque membre sent le bien-fondé, mais on devrait
» se garder de les provoquer avant que le terrain soit pré-
» paré. » La grande masse ne possède pas encore la ca-
pacité de « penser et d’agir conformément aux intérêts de
»la classe moyenne. »
? Cf. notre note 3 page 31.