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la classe moyenne n'étant pas une, mais étant divisée,
au contraire, par les plus violentes oppositions d'inté-
rêts *, Mais les ennemis de nos ennemis étant nos amis,
l’antisémitisme aurait fait merveille pour amener les
chrétiens à passer l’éponge sur leurs divergences, sans
compter qu’une haine de race possède un caracière
instinctif qui en fait un auxiliaire bien plus puissant
de l’action que ne le serait un mobile purement intel-
\ectuel et formulable sous forme de griefs précis.
Si la classe moyenne a, ou croit avoir, intérêt à com-
battre les Juifs, son intérêt coïncide-t-il sur ce point
avec l'intérêt général ? Il semble bien que non. Sombart
a consacré un gros livre (Die Juden und das Wirt-
schaftsleben, Leipzig, Verlag v. Dunker et Humblot, 1911)
à démontrer entre autres choses que les Juifs, dans
leurs migrations intra-européennes, transportaient avec
eux le centre de gravité économique de l’Europe ! Les
pays d’où on les chasse vont, sitôt après leur départ, au
déclin économique (Espagne, Portugal). Ceux où ils se
réfugient voient entrer avec un maximum de prospérité
commerciale (Amsterdam au 17e siècle, Hambourg,
Francfort sur le Main). Ceux où on leur accorde le droit
d’asile, après leur proscription d’Espagne, pour le leur
retirer après un certain temps, connaissent pendant leur
séjour une période de prospérité éclatante, qui a été
précédée de marasme avant leur arrivée et sera suivie de
marasme après leur départ. (Anvers, au 16e siècle, est
un instant le centre du monde commercial, mais ce
n’est qu’un feu de paille. IL s’éteint sitôt que les
Juifs. expulsés, sont contraints de gagner la Hollande).
*V. notre note 1, page 4, l’allusion au mouvement de Ber-
lin, caractéristique de la rivalité entre artisans et commer-
anis. Cf. aussi notre note 1, page 112. Cf. encore, sur cette ri-
valité, Faucherre, Mittelstandsbewegung u. Konsumgenos-
senschaften, p. 5, pour qui il est clair que les artisans ache-
tant en fabrique concourent au marasme des commercants.