]
R7
mèdes à la fois, mais comme la disparition du crédit ne
peut guère être radicale, au moins d’un coup, dans un
monde où cette habitude est profondément enracinée, il
est bien clair que les services d’escompte sont indispen-
sables.
Il résulte de ce qui précède que le taux de l'escompte
sur achats de marchandises ne peut être fixé arbitraire-
ment. S’il est trop bas, l'avantage à recourir au crédit
subsiste pour le consommateur ; s’il est trop élevé, c'est
alors le vendeur qui fera peu de cas de la clientèle
payant comptant et n’encouragera pas les habitudes de
paiement immédiat. Il se livrera sur une large échelle
à la pratique, d’ailleurs trop répandue un peu partout,
de ne faire l’escompte qu’à son corps défendant et sur
demande formelle, agissement qui contient, à tout pren-
dre, un véritable fond d’escroquerie, car il est évident
que le montant de l’escompte appartient à l'acheteur
au comptant, économiquement en toute circonstance, et
juridiquement toutes les fois que le commercant a dé-
-laré adhérer à un service d’escompte.
Les considérations ci-dessus sont théoriques, en ce
sens que ce ne sont pas elles qui guidaient consciemment
les fondateurs des services d’escompte. En songeant à
enrayer la vente à crédit, ils croyaient bien encourager, à
l’aide des timbres-rabais, le consommateur à payer
comptant, mais ils ne songeaient pas qu’ils lui payaient
un dû, ni qu’ils cédaient, au fond, à une impérieuse né-
cessité économique. Ils avaient surtout en vue d'offrir,
pour des motifs de concurrence, autant d'avantages à la
clientèle que celle-ci en pouvait trouver en fréquentant
les grands magasins ou en s’affiliant aux coopératives
de consommation. Il n’est du reste fait aucun mystère,
jusqu’aujourd’hui, du rôle exclusif de ces préoccupa-
tions égoïstes. Le service d’escompte de Lucerne, après
s'être étendu avec complaisance sur l’énorme débit de