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le temps passe et qu’un service d'escompte devient plus
sûr de sa puissance. Dans la règle, plus une de ces
sociétés est ancienne, plus il est difficile, plus il est coû-
teux aussi, de s’y faire admettre *. L'écueil de cette poli-
tique, c’est que les négociants éliminés peuvent s'en-
tendre pour créer un service d’escompte concurrent ?.
Si, en France, les personnalités compétentes en éco-
nomie commerciale sont presque unanimement adver-
saires des timbres-rabais, la faute en est à ce que ce
pays a connu les graves abus des services d’escompte à
but lucratif, mais n’a pas su aller au delà. La coutume
du sou par franc, très répandue, et qui consiste en ce
que le détaillant accorde une commission de 5 % aux
domestiques de bonnes maisons qui couvrent chez lui
les besoins des maisons où ils servent, constitue natu-
rellement un obstacle capital au triomphe des services
d’escompte. On ne peut exiger du négociant qu’il fasse
le sou par franc et encore l’escompte, et s’il fait l’un ou
l’autre, il entre en: conflit soit avec le maître, soit avec
le valet.
Si momentanée qu’ait été l’existence des services d’es-
compte à but lucratif, l’idée d’exploiter, en vue d’en tirer
un bénéfice, le goût du public pour les cadeaux de plus
ou moins bon aloi est trop bonne, du point de vue ca-
pitaliste, pour n’être pas ressuscitée sous de nouvelles
formes. Nous ne pouvons prévoir celles que l'avenir ap-
portera. Mais, à l'heure actuelle, une forme de rabais-
aitrape-nigauds est surtout exploitée, C’est le système
dit des primes, qui consiste à forcer à la fois le prix et
la vente d’un article de valeur médiocre, grâce à l’appât
d’un autre article, non demandé, joint au premier à titre
t Ibid, p. 141.
? C’est ce qui s’est produit à Bâle, où existe la Liga à cô-
té de la B. K. G. Cf. Faucherre, op. cit, p. 146. La Liga, sec-
tion de l’Association des Epiciers Suisses, a deux activités :
l’achat en commun et le service d’escompte.