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Mais faisons abstraction des inconvénients politi-
ques et voyons ce que l’on pourrait faire. La première
idée est celle d’un certificat de capacité, qui serait exigé
de toute personne se disposant à ouvrir un magasin.
Ce système présenterait l'inconvénient de comporler
un énorme accroissement de bureaucratie ; d'autre part,
il n’offrirait que peu de garanties quant à la valeur pra-
tique des candidats. Passer un bon examen est une
chose, faire de bonnes affaires en est une autre, La
première est même relativement si facile que les car-
rières les mieux protégées, par un système compliqué
d’études et d’examens, comptent parmi les plus encom-
brées (avocats, médecins). Le mot déjà cité de Leroy-
Beaulieu reçoit par là une pleine confirmation : « les
capacités moyennes abondent dans un pays civilisé ».
Que le petit commerce soit protégé par un diplôme, el
certains citoyens ignares s’en trouveront écartés, Mais,
à leur place il en viendra d’autres, mis en confiance
par l'existence du diplôme et attribuant à ce papier un
pouvoir de protection parfaitement illusoire. La qua-
(i{[ication moyenne des personnes se vouant au com-
» movenne de commerçants dont il ne saurait se passer, s’il
»la laisse se développer et prospérer librement». (L'’es-
compte uniforme en Suisse, résumé en français par M. le
Dr. Robert Jaccard, secrétaire de l’Union suisse des Arts et
Métiers, de l’ouvrage : 25 Jahre einheitliche und organisierte
Rabattmarkenabgabe in der Schweiz, par Ch. Blanc ; im-
primé chez Kradolfer, Bienne, 1926. Notre citation est em-
pruntée à la page 23).
1 Cette idée peut être illustrée trivialement, mais claire-
ment, à l’aide de la devise de la Confédération suisse : Un
pour tous, tous pour un. La politique de protection et d’as-
sainissement légaux du petit commerce est une application
du «Tout (c’est-à-dire la collectivité, l’Etat) pour un (ou
quelques-uns, les détaillants).» Mais le «Un pour tous»
prime le «Tous pour un», car si «Un» (chacun) ne se le-
vait pas, «Tous» (qui ne sont que l’ensemble des unités et
n’ont pas de réalité en dehors d’elles) ne se lèveraient pas
non plus.