36 —
merce de détail gagnera peut-être, mais l’encombre-
ment de la profession ne disparaîtra pas pour autant.
Une méthode plus directement efficace serait d’exiger
ju’aucun détaillant ne puisse s'établir sans qu’une con-
session lui ait été attribuée à cette fin. C'est à peu près
le système qui existe actuellement pour les auberges.
Qu'il ne suffise pas non plus résulte immédiatement de
leux faits: nous avons trop de cafés, comme nous
avons trop de magasins ; d’autre part, la Société suisse
des cafetiers mène une vigoureuse campagne en faveur
de l’introduction du certificat de capacité pour l’exer-
sice de la profession d’aubergiste. Le système de la con-
session ne lui paraît donc pas suffisant, puisqu'elie
veut le compléter par celui du diplôme, Cette constata-
tion n’est pas loin de nous convaincre que le système
an question ne peut donner satisfaction. Puis, sur quels
principes se fonderait-on pour accorder les concess-
sions ? Il faudrait avoir recours à la clause dite du
besoin. Maniée par des fonctionnaires (où même par
des associations professionnelles, si leurs décisions ont
lorce de loi), cette clause risquerait fort de conduire à
de redoutables abus (monopoles privés, corruption,
népotisme, surenchère politique). Pour éprouver une
telle crainte, il n’est pas même nécessaire de itirer de
l’histoire des corporations les éléments d'une démons-
tration historique, qui serait aisée. Le système des con-
sessions aurait encore un autre inconvénient : l’éléva-
tion artificielle de la valeur des fonds de commerce.
L'acheteur d’un fonds engloutirait une beaucoup trop
forte somme pour l’achat d’une valeur idéale, pour ne
pas dire fictive, et, pourvu d’un gros capital mort, mais
riche sur le papier, il manquerait de fonds pour faire
marcher son commerce. Ainsi, nous aurions aggravé
un des maux du petit commerce en voulant guérir l’au-
re : nous aurions diminué l’encombrement de la pro-
iession, mais seulement pour accentuer encore une plaie