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et que « les abus de la vente à crédit » (Clerget) *,
sont stigmatisés presque universellement. Les auteurs
t Clerget n’est cependant pas un adversaire catégorique de
a vente à crédit, qu’il trouve fâcheuse surtout pour l’ache-
‘eur et dont il ne combat que les abus, I] énumère (op. cit,
p. 14) la vente à crédit parmi les causes qui ont empêché
effondrement du petit commerce : «Il se prête aux facilités
> de crédit, bien que ce mode de vente conduise à la majo-
»ration des prix, pousse l’acheteur à dépasser ses ressources
» et tente à le mettre à la merci du fournisseur. » Et parmi
>les remèdes à la crise, s’il cite la vente au comptant, ce
» n’est pas sans restriction (p. 16): «vente au comptant ou
> tout au moins à échéance régulière, réforme qui dépend sur-
>fout du client.» On verra page 52, que ce n’est pas notre
avis.
Si certaines couches de la population s’appauvrissent
constamment, se prolétarisent, elles se trouvent tout natu-
rellement portées à faire des dettes, d’abord parce qu’il est
toujours difficile d’abaisser le niveau de son train de vie, en-
suite parce que celui qui est réduit ne renonce que lente-
ment à l’espérance de connaître de nouveau des jours meil-
leurs. Tout processus de prolétarisation se traduit donc par
un appel plus énergique au crédit de la part du consomma-
teur et fait obstacle à l’établissement du principe de la vente
au comptant. Inversément, l’élévation des salaires et du bien-
être des ouvriers est utile au commerce, à ce point de vue.
Parmi les groupes sociaux qui se prolétarisent, il y a au-
jourd’hui le petit commerce Jui-même., Il se trouve ainsi
laire obstacle à son propre assainissement, car le détaillant
indigent est contraint, comme consommateur, comme ache-
teur des marchandises qu’il ne tient pas, à recourir au cré-
dit. Sigfried Bloch (Die Entwicklungstendenzen und Be-
triebsformen im Tuchhandel der Stadt Zürich; Zurich, Ed.
Rascher’s Erben, 1904, page 115), parlant des maisons d’ex-
pédition de drap, qui ne peuvent subsister qu’en vendant au
comptant (contre remboursement), constate qu’elles décli-
nent, précisément par la difficulté croissante de trouver, dans
les milieux qui recourent à leurs services, des gens qui
soient en mesure de payer comptant : «Die Blütezeit des
» Versandgeschäftes, die im Nachnahmeverkehr, im Verkauf
» gegen Bargeld lag, scheint bereits vorüber zu sein.
» Zwar kauft noch immer eine beträchtliche Anzahl Kun-
»den in klingender, sofort zu erlegender Münze ein. Die
» Auslese der Barkundschaît nimmt in demselben Masse ab,
als die Unterkonsumation des sog. untern Mittelstandes und
»die Proletarisierung des Kleinhändliertums zunehmen. »