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d’autres qui ne le voudront pas et s'arrangeront pour
ne pas le pouvoir. Dans ces cas, on perdra non seule-
ment le montant des factures, mais les frais de récla-
mations, de poursuites, elc. La nécessité de demander
des renseignements sur un nouveau solliciteur de crédit,
avant de s’engager à fond avec lui, est encore une nou-
velle source d’embarras. Toutes ces pertes et ces frais
aboutissent fatalement au compte de frais généraux
(pour autant que nous avons affaire à un négociant te-
nant des comptes !) et s’ajouteront au prix de la mar-
chandise. Les clients honnêtes finissent alors par payer
pour les autres. Aussi s’en iront-ils à la première occa-
sion, et le commerçant se trouvera-t-il avoir sélectionné
sa clientèle « à rebours », si l’on peut dire. La concur-
rence rend-elle impossible un relèvement des prix ? On
s’en tirera en trompant le client sur la qualité de la
marchandise, ce à quoi les manœuvres des grossistes
n’induisent déjà que trop le détaillant dans l’indigence.
L'acheteur à crédit coûtant plus cher au détaillant que
l'acheteur au comptant, il serait juste qu’il y eût deux
prix différents pour ces deux catégories de clients, Mais
zomme il est difficile d’introduire cette réforme d’une
manière brutale, on a eu recours au détour des services
d’escompte. L’escompte est une remise faite à l’acheteur
au comptant sur le prix que paye l'acheteur à crédit *.
L'activité des services d’escompte a certainement d’au-
res aspects, mais celui-ci est primordial, à tel point que
les services d’escompte n’ont pu se développer en An-
sleterre parce que la vente à crédit V est inexistante ?.
! Que beaucoup de clients à crédit réclament les tickets
d’escompte quand ils viennent payer leur note et que cer-
jains négociants poussent la faiblesse jusqu’à les leur accor-
der ne change rien au bien fondé de cette affirmation.
* Et parce que, à en croire Faucherre, les coopératives
sont déjà trop développées dans ce pays pour qu’on puisse
songer à leur opposer encore quelque chose ! N’est-ce pas