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Si donc l’idée primitive de certains milieux du petit
commerce était, en accordant du crédit, de mettre la
clientèle dans sa dépendance *, cette dépendance ne res-
semble en rien à l’asservissement de tout un peuple de
détaillants sous la main .de fer des grossistes. Et les
détaillants restent moralement autorisés à recourir con-
tre ces derniers à des mesures de défense qu’ils blâment
à bon droit, quand elles sont employées contre eux.
Les grossistes ne peuvent pas tenir à avoir en face
d’eux un petit commerce économiquement et sociale-
ment fort. Il est évidemment plus commode de passer
des contrats avec plus faible que soi qu’avec son égal.
Cependant, si le petit commerce menace de disparaître,
les grossistes s’émeuvent tout de même. Mais ils s’y
prennent trop tard pour que leurs efforts soient effica-
ces :
« Aux Etats-Unis, les détaillants indépendants n’ont
» plus pu se tirer d’affaire pour avoir négligé d’opposer
» à lemps une forte organisation à cette supériorité écra-
» sante”. Les grossistes américains ont bien essayé de
» soutenir leurs clients, dans l’idée tout à fait juste que
»la suppression des détaillants indépendants entraîne-
»rait nécessairement la leur propre. On a néanmoins
» laissé les choses en arriver à ce que les besoins de
» l’existence, pour autant que leur satisfaction fait l’ob-
» jet de notre branche, soient couverts par des maga-
» Sins à succursales dans la proportion de 40 à 70 % et
justement alors que le petit commerce devrait, pour sauver
ce qui lui reste, recourir aux mesures les plus énergiques ?
Cf. Faucherre, Die Händler-Rabattsparvereine (Gustav Fi-
scher, Jena, 1912).
! Il est plus que probable que la vente à crédit est une
vieille tradition, une mauvaise habitude née tout d’abord
de la commisération et qui s’est étendue et perpétuée, el
que ce n’est que plus tard qu’on a essayé de la légitimer par
des motifs déduits de l’intérêt du commerçant.
? Celle des sociétés à succursales multiples (chain-stores).