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nement exagéré. S’il en était vraiment ainsi, on ne s'ex-
pliquerait pas que les prix faits par les coopératives,
ristournes déduites, soient encore si peu au-dessous des
prix exigés par les épiciers. Rieck ne doit pas être pris
trop au sérieux. Il écrivait à un moment et dans un pays
où la famine el l'inflation commençaient à faire sentir
leurs terribles effets, et l’on sait en outre que l’objec-
tivité a été le moindre défaut de la « littérature de guer-
re » de tous les pays. Mais il demeure incontestable que
le petit commerce, aussi longtemps que ne seront pas
guéries les plaies dont il souffre, fait et fera payer trop
cher les services qu’il rend à la collectivité. Ses porte-
parole se font la partie trop belle, lorsqu'ils rejettent sur
le consommateur la responsabilité de la cherté de la vie.
comme dans le passage suivant :
« Relevons.. que ce n’est pas le fabricant, ni l’agricul-
» teur *, ni le détaillant qui est responsable du coût élevé
» de la vie en Suisse, mais bien la population tout entière
» qui, par ses besoins toujours plus grands, empêche
» une diminution de ce coût, et enfin la réduction de la
» durée du travail » ?
* Ce n’est pas l’avis du Journal des Epiciers suisses qui,
dans un article indigné sur, ou plutôt contre le Relèvement
des droits d’entrée sur le beurre et le saindoux paru le 21
août 1929, vitupère en ces termes la partialité dont jouit, en
Suisse, l’agriculture de la part des pouvoirs publics :
«Au lieu d’examiner comment on pourrait améliorer la
» production et la rendre moins cher, on réclame des droits
» d’entrée afin d’éliminer les concurrents dangereux. Avec
» quelle raison n’a-t-on pas dénoncé, à la conférence écono-
» mique internationale, le danger de la décadence de la pro-
» duction que recèle le protectionnisme douanier ? Le Con-
»seil fédéral porte aussi sa partie de responsabilité si nos
» paysans ne sont pas obligés de se retourner, de se moderni-
» ser et d'apprendre des choses nouvelles.
» C’est le consommateur qui paye ! Voilà l’alpha et l’'omé-
»ga de la sagesse du Conseil fédéral. Mais pour combien
» de temps encore ! Les limites du pouvoir d’achat des con-
» sommaleurs commencent à être sérieusement dépassées. »
? Ch. Blanc et Dr Jaccard, op. cit, p. 17.