60 —
Mais le libre jeu de la concurrence, dira-t-on, ne ra-
mène-t-il pas les prix à un juste niveau ? La libre con-
surrence ne peut naturellement jamais avoir pour effet
d’amener durablement le prix de vente au-dessous du
prix de revient. Or, c’est très généralement que le prix
de revient est trop élevé dans le commerce de détail. La
concurrence régulatrice ne peut plus, ici, agir que du
dehors : cela explique les cris poussés par les détail-
ants à l’apparition des coopératives et des Warenhäu-
ser, tandis que le pullulement de leurs confrères, beau-
soup plus nuisible au fond, les impressionne peu :
<« Si un petit magasin est ouvert dans le voisinage d’un
autre, il en résulte souvent, pour le plus ancien, un
grave dommage, mais aucune plainte ne s’est élevée
publiquement à ce sujet, car on considère comme tout
naturel qu’un membre de la classe moyenne soit étran-
glé ou refoulé par un autre membre de la classe
moyenne, Cela va même si loin que, si un nouveau
magasin en refoule un autre, la faute en est évidem-
“ment mise sur le dos d’un Warenhaus situé en une
tout autre région » *.
Si, comme le croit Faucherre (Mittelstandsbewegung
und Konsumgenossenschaften, p. 19), le détaillant exer-
ce un monopole de fait pour la fourniture des ménages
les plus voisins de son domicile, cette attitude est le
rebours du bon sens. Ce n’est pas le lointain Warenhaus
qui est surtout dangereux pour le détaillant, c’est le
>
! «Wenn aber irgend ein kleiner Laden in der Nähe eines
» anderen aufgemacht wird, so wird zwar das alte Geschäît
» häufig sehr geschädigt, aber ôffentlich geklagt wird darüber
>» nicht, denn das hält man für sehr natürlich, dass ein Mittel-
» standsmann von demi andern Mittelstandsmann totgemacht,
» oder verdrängt wird. Das geht sogar soweit, dass, wenn ein
»neuer Laden den alten verdrängt, man dies selbstverständ-
blich einem in einer.ganz anderen Gegend gelegenen Wa-
p renhaus in die Schuhe schiebt. » (Wiernicke, Die wirtschaft-
liche und soziale Bedeutung der Warenhäuser, p. 8).