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tend par là que le fabricant considère comme bienve-
nue l'existence du grand magasin, qui est un gros pre-
neur et qui lui épargne des frais de vente. Mais c'est
certainement un non-sens, si l’on veut dire que le fa-
bricant cesse d’avoir intérêt à traiter avec le détaillant
(avec ou sans intermédiaire), comme cela est exprimé
en propres termes dans la seconde des sources que nous
mentionnons. (« La distribution à beaucoup de maga-
sins de détail renchérit la vente des produits fabriqués
en masse ; elle est par là rendue plus difficile et subil
une limitation »). En fait, la production de l’organisme
économique actuel est si intense que celle-ci lui sort
en quelque sorte par tous les pores. Si minuscule que
soit un canal de distribution, le peu qui y passe est
autant dont on n’a plus à se préoccuper. L'élevage en
grand (qu’on nous passe cette expression) de détail-
lants surnuméraires par les grossistes est précisément
la preuve que le petit magasin, sérieux ou pas, demeu-
re un auxiliaire essentiel du fabricant, comme les inter-
médiaires qui ont assumé la lourde tâche de liquider
sa production.
I] n’est alors pas équitable que le fabricant, trop
heureux de recourir aux services du petit commerce,
succombe à la tentation de lui couper l'herbe sous les
pieds, en venant directement aux consommateurs *.
Parmi les résolutions du Congrès international des
classes moyennes de 1924, on peut lire, sur cette ques-
1 Cette tentation a une double origine : augmenter encore le
chiffre d’affaires et s'approprier le bénéfice dû au commer-
çant. Sur cette question de la vente par les fabriques, Cham-
pion (op. cit, p. 37) est plus indulgent que nous : « So lange
» der Fabrikant nicht durch Spezialpreise die übrigen Ver-
»treter seiner Ware unterbietet, kann m. E. der Selbsde-
» taillierung nichts entgegengehalten werden.» Mais il est
arrivé, hélas, que le fabricant contraignît le détaillant à
tenir un certain prix, cependant qu’il vendait lui-même aux
particuliers à un prix inférieur.