2 LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE.
autrefois les pasteurs et leurs troupeaux. .V rexistence de
rêve dans un horizon borné a succédé une vie de labeur
tourmenté dans un cadre de plus eu plus élargi. Laissons
les amants du passé gémir sur cette transformation et nous
vanter la calme félicité des peuplades antiques, restreignant
leurs efforts à des transactions immédiates, et s’accommodant
des productions limitées du sol ! Leurs peintures virgiliennes
n’effacent pas l’histoire, c’est-à-dire les perpétuels
exodes des populations misérables vers des deux plus cléments,
les incursions à main armée, l’esprit de rapine continuellement
en éveil, les champs ravagés au détriment des
vainqueurs autant que des vaincus, les massacres nécessaires
par l’impossibilité pour l’espèce humaine de se développer
dans les territoires soumis à une incessante dévastation, le
mépris des conquérants pour le labeur patient d’autrui dont
les résultats demeuraient à la merci d’un coup de force, le
découragement des travailleurs fatigués de n’exercer leur
activité qu’au profit des pillards oisifs.
Certes, la bataille industrielle n’est pas exempte de barbarie
: elle traîne apres elle un triste cortège de misères, de
souffrances, d’asservissement et de deuils. Trop souvent,
dans une société basée sur la concurrence vitale, elle consacre
le triomphe odieux du fort sur le faible, l’exploitation
des masses laborieuses au profit d’un petit nombre de dirigeants,
et elle vérifie, par la perpétuité de la lutte qui, en
une tragique mêlée, met aux prises les sociétés et les individus
pour la possession des jouissances et des richesses, l’inexorable
affirmation de Darwin :
« Chaque individu ne vit qu’en raison d’un combat livré à
quelque période de sa vie et dont il est sorti vainqueur; une
loi de destruction inévitable décime, soit les jeunes, soit les
vieux à chaque génération, successivement ou seulement à
des intervalles périodiques. »