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LES QUESTIONS FONDAMENTALES DU MARXISME = 17 
Mais, selon lui, elle a supprimé cette contradiction tout 
en se maintenant à l’intérieur de celle-ci, c’est-à-dire d’un 
des éléments de cette contradiction, à savoir la pensée. 
Chez Hegel, la pensée c’est précisément l’être : la pensée 
est sujet, l’être est attribut (*). Il s’ensuit que Hegel — et 
en général l’idéalisme — ne supprime la contradiction 
qu’au moyen de la suppression d’un de ses éléments cons- 
lilutifs, à savoir l’être ou l’existence de la matière, de la 
nature, Mais supprimer un des éléments constitutifs de la 
contradiction ne signifié nullement résoudre cette contra- 
diction. « La doctrine de Hegel d’après laquelle la nature 
« est posée > par l’idée ne représente que la traduction 
en langage philosophique de la doctrine théologique suivant 
laquelle la nature est créée par Dieu, la réalité, la matière, 
par un être abstrait, immatériel » (**). Et cela ne se 
rapporte pas seulement à l’idéalisme absolu de Hegel. L’idéa- 
lisme transcendant de Kant, suivant lequel le monde exté- 
rieur reçoit ses lois de la Raison, et non inversement, est 
étroitement apparenté à la conception théologique selon 
laquelle c’est la raison divine qui dicte au monde les lois qui 
le régissent (***). L’idéalisme n’établit pas l’unité de l’être 
et de la pensée et ne peut pas l’établir, il la brise, au con- 
traire. Le point de départ de la philosophie idéaliste — le 
moi, comme principe philosophique fondamental — est 
totalement erroné. Le point de départ de la philosophie véri- 
table doit être non pas le moi, mais le moi et le toi. Seul, 
ce point de départ permet d’arriver à une juste compréhen- 
sion des rapports entre la pensée et l’être, entre le sujet 
et l’objet. Je suis « moi » pour moi-même et simultanément 
« toi > pour un autre. Je suis en même temps sujet et 
objet. Et il faut remarquer, en outre, que « moi », ce n’est 
pas l’être abstrait avec lequel opère la philosophie idéaliste. 
Je suis un être réel ; mon corps appartient à mon essence $ 
bien plus, mon corps, considéré comme un tout, c’est préci- 
Sément mon « moi », ma véritable entité. Ce n’est pas l’être 
abstrait qui pense, mais précisément cet être réel, ce corps. 
Il en résulte que, contrairement à ce qu’affirment les idéa- 
listes, c’est l’être matériel réel qui est sujet, et la pensée 
attribut. Et c’est précisément en cela que consiste l’unique 
solution possible de cette contradiction entre l’être et le 
(°) Œuvres, Il, p. 261. 
(**) Ibid, p. 262. 
(°**) Ibid. p. 295.
	        
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