L'ASSOCIATION POUR LA PRODUCTION
Hollande au xvrrr' siècle et qui se multiplie extraordinaire-
ment de nos jours.
Ce qui caractérise cette forme de société c’est que le
capital nécessaire à l’entreprise est divisé en fractions de
minime valeur — généralement de 500 francs en France (1),
de 25 francs (une livre) en Angleterre — qui s’appelle des
actions, autrement dit des parts de propriété dans la
société (2). Ainsi une société au capital de 50 millions
èmettra 100.000 actions de 500 francs. Et chacun en pren-
dra ce qu’il voudra, selon sa fortune ou selon le degré de
confiance qu’il accorde à l’entreprise, une seule s’il lui plaît.
Il va de soi qu’il n’aura à toucher sur les bénéfices de l’en-
treprise qu’une part proportionnelle au nombre de ses
actions : cette part s’appelle le dividende. Mais ce qui séduit
surtout l'actionnaire c’est que sa responsabilité et ses risques
sont limités aussi au montant des actions qu’il a souscrites,
différence essentielle avec les autres sociétés. Aussi en Angle-
terre, c’est le mot limited qui est imposé par la loi pour
désigner généralement la société par actions. Cette dilution
des risques à dose infinitésimale a rendu possibles les
entreprises les plus aventureuses. Jamais les chemins de fer
n’auraient été construits, jamais l’isthme de Suez n’eût été
percé, ni demain le tunnel sous la Manche, si la société par
actions n'avait été inventée, car aucun capitaliste ne pour-
rait fournir les centaines de millions nécessaires pour de
telles entreprises, tandis que ces risques divisés à l’infini
n’effraient plus même les petites bourses et, par le fait, un
immense écroulement comme celui de l’entreprise de
(1) Et même pour que la société soit valablement constituée, il suffit d’en
verser le quart, soit 125 francs. Et quand il s'agit de sociétés dites « coopéra-
tives », la valeur de l’action peut être abaissée à 25 francs et le versement à
un dixième, soit 2 fr. 501
(2) Légalement, l'action n’est pas une part de copropriété dans le capital
social, car le capital social n'est pas à l’état de copropriété indivise entre tous
les associés : il appartient à la personne juridique qui est la société elle-même
et qui ne se confond avec celle d'aucun des associés. Mais ce n’est là qu'une
fiction juridique imaginée pour faciliter l’administration de la societé : en
réalité, le capital social est bien une propriété collective.
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