— 195 —
La Suisse a vu sévir, il y a un quart de siècle, la So-
ciété suisse de timbres-escompte S. À, qui opérait à Zu-
rich et à Genève. On remboursait les carnets de timbres
en marchandises. de pacotille ; la société en tenait un
bazar spécial où tout coûtait 12 fr. 50, montant d’un
carnet. Ainsi, le public était dupé, payant 12 fr. 50 des
objets dont il n’avait aucun besoin et qui ne les valait
pas ; et le négociant était dupé, puisqu’il envoyait lui-
même sa propre clientèle à un Warenhaus. En fait, il ne
ne s’agit pas d’autre chose. ‘
Il est clair que le seul rabais logique et défendable.,
c'est le rabais payable en espèces. L'escompte est, nous
l’avons vu, le prix d’un service ; il doit donc se payer en
argent comme tous les prix. C’est en avoir une concep-
tion tout à fait fausse que de le considérer comme un
cadeau dont la remise peut être liée à telles conditions
qu’il plaira au donateur d’imposer au bénéficiaire. Le
système intermédiaire qui consiste à obliger le client à
dépenser le montant de son rabais dans un des magasins
ayant adhéré au service, c’est-à-dire à remettre au
client un bon accepté par tous les adhérents au service,
au même titre qu’une quantité de monnaie ayant même
valeur nominale, pour le payement d’achats, sans que le
bénéficiaire puisse exiger l’échange contre des espèces, est
moins mauvais que celui de la Société de timbres- es-
compte, mais il reste contraire au droit pour les raisons
que nous avons vues. Il trahit du reste une conception
infiniment mesquine de la vie commerciale.
La résistance du monde du commerce à l'octroi de
l’escompte uniforme, laquelle a gravement nui à l’effica-
* V. à ce propos, aux pages 14 et 15, la brochure : Ent-
wicklungstendenzen im modernen Kleinhandel, von Dr A.
Hättenschwiller, Rechtsanwalt (Sonderabdruck aus der
Monatschrift für christliche Sozialreform», Basel, 1903).