268 “ L’APOGÉE DU TRAVAIL MÉDIÉVAL
sn 1295 et 1307, l'attitude des syndicats ouvriers est si
menaçante que Philippe le Bel dissout les confréries. En
Castille, en Aragon, en Catalogne, notamment à Cordoue
et à Ubeda (1312-1332), le patriciat urbain des nobles
[caballeros) se heurte aux revendications tumultueuses
du peuple. Dans la France capétienne, comme en Espagne
st en Angleterre, le pouvoir royal eut assez de force pour
mettre fin aux abus des oligarchies, pour satisfaire partiel-
tement les aspirations démoeratiques et pour rétablir
l’ordre sous son autorité. Il accorda aux classes populaires
des garanties, favorisa leurs ambitions en développant les
corporations jurées, leur entr’ouvrit, comme à Amiens,
l’accès des conseils et des magistratures municipales.
La révolution démocratique eut une tout autre vigueur
dans les pays où le pouvoir central n’avait pas les mêmes
moyens d’action. Dans l’Allemagne rhénane et danu-
bienne, à Ulm, à Francfort, à Nuremberg, à Mayence, à
Cologne, à Strasbourg, à Bâle, après des luttes acharnées,
le patriciat dut abandonner aux corporations le gouverne-
ment des villes. Aux Pays-Bas surtout, le mouvement
présente un caractère d’intensité extraordinaire. Lies
tlasses populeuses, « le povre peuple » la démocratie des
métiers, les klaurwaerts, comme on les appelle, emploient
tous les procédés, coalitions, grèves ou takehans, insurree-
tions, alliances avec la haute féodalité, avec les comtes de
Flandre et de Hainaut, pour abattre la puissance despo-
tique du patriciat des gildes ou des Leliaerts, qui s’appuie
sur les rois de France. À Liége (1253) les métiers s’insur-
gent contre le pouvoir de l’échevinage et de l’évêque. À
Dinant (1255), les batteurs de cuivre, à Huy (1299), les
tisserands, Sont aux prises avec les gildes de marchands
entrepreneurs. À Tournai (1281) et dans tout le Hainaut
(1292), les tisserands et autres artisans luttent contre les
patriciens. L ès 1275, les Flandres sont en pleine révolu-
tion : à Gand, à Bruges, à Douai, le comte aide les gens
des métiers à saper l’autorité du vatriciat. Partout, la