104 LA FIN DU MOYEN AGE
kossaten allemands et anglais) auxquels la modicité de
leur tenure (un hectare et demi parfois) ne permet pas de
vivre exclusivement du revenu de leur propre fond. Louant
leurs bras à la journée, ou à la semaine ou à la tâche, ces
brassiers, ces travailleurs de terre, ces serviteurs (laborers,
servants) ou varlets, comme on les nomme suivant les pays,
mettent alors souvent à haut prix leurs services, quand la
main-d'œuvre se raréfie, à la suite de quelque grande épidémie,
telle quela peste noire. Mais ils sont encore, quoique
pourvusde la liberté, soumis à des règlements rigoureux. Des
lois draconiennes, édictées notamment en Italie, en France,
en Espagne, en Angleterre, telles que les statuts municipaux
italiens, l’ordonnance française de 1350, les fameux statuts
des travailleurs britanniques (1350-1417 ), frappent d’amendes
élevées et même de prison ceux qui refusent leurs
services, permettent de les mettre en réquisition, de les
enchaîner parfoiss’ils quittent le travail, leur interdisant
de changer de domicile, de mettre leurs fils en aæpprentissage
et fixent le taux de leurs salaires. La liberté théorique
des salariés ne les” empêche pas d’être garrottés par
les lois d’airain que les pouvoirs publics prétendent leur
imposer et dont ils ne brisent les entraves, que lorsque le
besoin de main-d’œuvre contraint les employeurs à capituler.
Fort accrus aussi en nombre, loués au mois ou à
l’année, les domestiques jouissent d’une condition plus
stable, à l’abri du chômage et de la hausse des produits
nécessaires à la vie, puisqu'ils sont logés, nourris et habillés,
mais la domesticité de ce temps, quoique fondée sur la
liberté des contrats, est aussi singulièrement restreinte par
les traditions autoritaires survivantes du passé, qui obligent
le domestique à rester en service jusqu’à ce qu’il ait
obtenu congé et qui confèrent au maître jusqu’au droit de
correction corporelle.
Des éléments les plus indisciplinés, les plus aventureux,
les moins aptes au travail, ou les moins laborieux, se