PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
de la loi du rendement non proportionnel tout accroissement
du rendement exige un accroissement de dépenses plus que
proportionnel et, par conséquent; entraînera une élévation
dans les frais de production. Si, à ces terres qui donnaient
30 hectolitres à l’hectare avec une dépense de 300 francs, on
demande 60 hectolitres, on pourra peut-être les obtenir,
mais il faudra dépenser pour cela 900 francs, et le prix de
revient de chaque hectolitre s’élèvera ainsi à 15 francs ! Le
résultat final sera donc exactement le même que dans le
cas précédent, celui où l’on avait défriché les terres de
deuxième catégorie. ll faut relire ici le chapitre sur la Loi
du rendement non proportionnel (pp. 87-92) à laquelle la loi
de Ricardo est intimement liée.
Cet « ordre des cultures », comme l’appelle Ricardo, peut
se poursuivre indéfiniment, ayant toujours pour effet d’élever
le prix des subsistances au détriment des consommatèurs et
d'accroître la rente au profit des propriétaires, lesquels voier t
leurs revenus grossir ‘sans y prendre peine — unearned
increment, accroissement non gagné, disait Stuart Mill.
L’accroissement de la rente ne correspond donc à aucun
accroissement réel de richesses pour la société, mais plutôt
à un appauvrissement, puisque c’est être plus pauvre que
de se trouver dans la fâcheuse nécessité de recourir pour
vivre à des terres plus pauvres.
L'opposition entre l’intérêt individuel du propriétaire et
l’intérêt de la société apparaît plus clairement encore en
ceci que tout progrès agricole doit causer une diminution
de la rente : cette conséquence, si paradoxale qu’elle semble,
est caractéristique de la théorie de Ricardo. Mais pourquoi
donc ? À première vue, on serait tenté de croire au contraire
(et telle serait sûrement l’opinion du propriétaire lui-même)
que tout progrès agricole doit se traduire par un accroisse-
ment de rente et par suite, par une augmentation de la
rente ? Nullement, dit Ricardo, car ces progrès, en permet-
tant d’augmenter en effet le rendement des bonnes terres,
auront nécessairement pour effet de rendre inutile la mise en
culture des mauvaises terres. Celles-ci seront donc délaissées,
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