L’ÉCHANGE INTERNATIONAL 345
exemple, celle des teintures dont l’Allemagne avait eu jusqu’à
présent le quasi-monopole. Or, étant donné le caractère
d’intégration des guerres modernes qui mobilisent pour leurs
besoins non pas seulement tous les hommes mais tous les
produits, il n’est plus guère d’industries dont on puisse dire
qu’elle soit inutile à la défense nationale, et on se voit
entrainé ainsi à tout protéger pour garantir l’indépendance
nationale.
Il y aurait peut-être une leçon toute différente à tirer de
la dernière guerre : c’est, tout au contraire, l’impuissance du
blocus, tant d’un côté que de l’autre, à obtenir la décision
attendue. En tous cas, pour éviter le retour de telles priva-
tions, la liberté des mers (1) serait un moyen plus sûr que de
vains et onéreux efforts pour dresser entre les pays des cloi-
sons étanches, régime qui ne serait qu’une façon de prolonger
indéfiniment après la guerre le régime du blocus.
20 Quant à l’argument du travail supprimé ou tout au moins
diminué, déplacé, on ne saurait non plus le contester. Mais
c’est exactement le même que celui qu’on a fait valoir contre
le machinisme et contre tout progrès iudustriel. Il est évi-
dent que toute invention, toute organisation qui permet
d’obtenir une plus grande satisfaction avec un moindre
effort (et c’est bien là le but de l'activité économique, voir
p. 105) a nécessairement pour résultat de rendre inutile une
certaine catégorie de travailleurs (2)
Mais il faut répondre aux protectionnistes, tout comme aux
briseurs de machines ou aux adversaires des coopératives et
(1) Entendons par ces mots l'abolition du droit de capture des navires et de
leurs cargaisons en temps de guerre, c'est-à-dire l'application à la propriété
privée sur mer de la même règle de droit que celle admise aujourd'hui pour
la propriété privée sur terre.
(2) Cette réduction du travail peut d'ailleurs n’ètre que temporaire :
a) Parce que l'abaissement des prix, résultant du libre-échange lui-même,
entraînera un accroissement de consommation et par conséquent un
accroissement de production : par exemple, la baisse des autos ou des soieries
fera que nous en consommerons davantage.
b) Parce que l'abaissement des prix, en diminuant les dépenses des consom-
mateurs sur un article déterminé, peut leur permettre de reporter l’éco-
nomie ainsi réalisée sur d'autres dépenses, ou de la placer.