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DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE. 107
On me conduisit dans la chambre d’amis, — une belle chambre avec un
canapé de reps vert, un guéridon chargé de bibelots et d’albums de pho
tographies, — et une demi-heure après, on m’invitait à venir m’atta
bler devant un copieux souper. A la fin du repas, la nourrice endor
mit l’enfant en chantant. Ce n’était pas la première fois que j’entendais
chanter en langue hongroise, mais jamais chant ne résonna plus mélodieu
sement à mes oreilles. Le hongrois, comme l’italien, est une langue éner
gique sans rudesse, dont les intonations glissantes, suaves, sont d’une
merveilleuse euphonie. Parfois on croirait entendre un gazouillement, un
doux murmure de ruisseau dans la mousse ou de brise sous la feuillée.
L’alphabet hongrois se compose de trente-huit sons aux inflexions légères,
à l’accentuation harmonieuse, aux nuances variées et délicates comme les
gammes d’un instrument. D’une allure originale, brillante et fleurie, pleine
de coloris et de mouvement, cette langue est par excellence celle de 1 ima
gination , de la poésie et du cœur. Que disait ce chant de nourrice? Les
choses les plus tendres, les plus délicieuses qui soient jamais sorties de
la bouche d’une mère
« Petit enfant, grandis, ó jolie petite bouche de perles! — Que ton ber
ceau soit de bois de rose, et que les anges te tissent les fils de l’arc-en-ciel
pour t’en faire des langes!
« Qu’une belle feuille de noyer dorée te serve de couverture, et que la
brise du soir balance ton berceau! —- Que le baiser d’une étoile filante te
réveille! Qu’un souffle suave se joue autour de toi!
" Que P haleine du lys t’effleure! Que la soie moelleuse te caresse! Que la
joie colore tes petites joues, et que les papillons te fassent des éventails de
leurs brillantes ailes !
“ Que le ver a soie te file tes habits ! Que les fées viennent te sourire!
Que leur bénédiction te donne l’amour, et que Dieu vienne à ton aide en
tous lieux ! »
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