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La façon dont la nationalité bulgare fut conservée pendant cinq
siècles sous le régime turc est très instructive. ;
Les Turcs en pénétrant dans la péninsule balkanique avaient trouvé
diverses nationalités, qui habitaient les mêmes provinces, où nous les
retrouvons au moment de leur réveil, au commencement du XIX-ème
siècle, Les Sultans fiers et dédaigneux, confirment les privilèges du patriarche
grec de Constantinople, sanctionnent l’archevêque bulgare
d’Ochrida comme chef officiel de la nationalité bulgare dans l'empire
Ottoman (Millet-Vekili). Sa juridiction englobe toute la Bulgarie ethnographique
avec la Macédoine et la Dobroudja. — Son siège, Ochride,
un des centres intellectuels du peuple Bulgare, continue sa vie culturelle
jusqu’en 1767 lorsque les intrigues des phanariotes réussissent à obtenir
du Sultan son incorporation à l’Eglise grecque de Constantinople.
Les chrétiens des diverses nationalités n’étaient tolérés dans
l'empire Ottoman que par un acte de mansuetude de la part du Padichah,
qui leur permettait de garder leur religion.
Contrairement à ce qui est généralement enseigné, les premiers
Sultans, guerriers ignorants et fiers, attachaient peu d'attention aux
églises et aux écoles de leurs esclaves méprisés. Le seul bien que les
Bulgares, comme nationalité, ont pu garder pendant des siècles sous les
Turcs, c’est leurs églises et écoles groupées autour de leurs communautés
religieuses, autant dire nationales. À l’autre bout de la Bulgarie,
aux confins de l’Albanie, à Ochride, se dressait une forteresse inexpugnable
des traditions et de la littérature bulgare. C’est là que trônaient
les archevêques bulgares, chefs de la nationalité et garants de sa fidélité
à l'égard du Sultan. Dans ces églises et monastères se sont conservés,
avec les traditions nationales, les livres saints et les réliques vénérées
d’un passé glorieux. ;
C'était une organisation complète de la nationalité bulgare en une
personne morale sous son chef ecclésiastique avec une compétence juridique
très large, reconnue par le gouvernement turc, ufi Vrai selfgouvernement.
La communauté, administrée par un Conseil mixte
d’anciens possédait une juridiction sur les biens et les personnes de
ses memebres. Dans les mains de ces Conseils se trouvaient les régistres
d’état civil; les questions de mariages, de naissances et d'héritages,
étaient de leur compétence. Ces conseils étaient des corps électifs possédant
un budget spécial pour l’entretien des institutions culturelles.
Pour y pourvoir, ils avaient le droit de pércevoir des taxes et des impôts,
trente’ ans avant encore, ces communautés étaient chargées de percevoir
les impôts pour le compte de l’Etat, si nous les mentionnons,
c’est pour relever l'autonomie dont les Bulgares jouissaient en Turquie
et dont ils sont privés aujourd’hui en Serbie, en Grèce et en Roumanie,
Le self-gouvernement des Bulgares était tel, qu’en 1887 Rifat Pacha,
Vali de Bitolia et futur grand-vizir, Organisait une milice armée de Bulgares
pour donner la chasse aux brigands et faisait publier ses ordres
et ses règlements en bulgare.