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coupés de coups de révolver et de yatagans plus ou moins libérales
destinées à ne jamais être appliquées. Les dynasties ‘ont changé; les
parties se sont transformées, les ministères se sont succédé à une allure
effarante ; rien qu’en dix ans, de 1919 jusqu’au 6 Janvier 1929, on
compte -32 ministères, trois par an, en moyenne, La forme de l'Etat a été
modifiée. Souvent tout a été bouleversé de fond en comble. Il n’y a
qu’une seule chose qui est restée sur place: le virus chauvin qui empoisonne
ce qu’il touche, la mégalomanie avec son cortège pernicieux,
Toute concession aux minorités est taxée d’humiliation, une atteinte à la
dignité nationale. Les Choumadiens sont hypnotisés par la plus grande
Serbie, ivres de la fortune qui les a favorisés, Royaume de S. C. S. monarchie
constitutionnelle, empire, papauté ou satrapie une dynastie ou
une autre, tout cela est sans importance. Demain la Serbie peut devenir
une République Soviétique même. C est égal. C’est une folle chevauchée
à l'aventure, Un coup de main comme celui du konak en 1893, quand
une conspiration de la , Main noire“ jeta sur le pavé les cadavres du dernier
Obrenovitch, du roi Alexandre et de la reine Draga, peut tout bouleverser.
Tout cela ne compte pas devant le but grandiose que la Serbie
poursuit inlassablement depuis un siècle: subjuguer tous les peuples dans
les Balkans et ailleurs. Les Balkans aux Balkaniques: signifie les Balkans
aux Serbes: c’est leur devise dont ils abusent. Ne touchez pas à leur
souveraineté! Mais chacun est souverain aussi dans sa maison. Et pourtant
s’il en abuse de sa propriété, dans un accès de folie furieuse et y
met le feu, on le prend au collet et on lui passe la camisole de force,
on l’interne dans une maison d'aliénés pour le rendre inoffensif, It
doit en être de même pour les incendiaires dans la société internationale.
Aujourd’hui le roi de Serbie s’est paré du manteau écarlate, la couronne
impériale sur son front. C’est un potentat absolu et tout puissant,
omniscient et omnipotent, comme n’en a connu ni l’Europe ni l'Asie. Demain
une épisode, comme tant d’autres, peut amener un changement de
décors à vue: un dictateur, le bonnet phrygien sur la tête, pourrait lui
succéder. Au fond il n’y aura rien de changé, il n’y aura qu’un incident
de plus dans l’histoire tourmentée de la Serbie.
On ne peut pas savoir qui dirige aujourd’hui la politique serbe. La
responsabilité gouvernementale n’existe pas, malgré toutes les apparences,
Est-ce la ,Main blanche“, est-ce la ,camarilla du palais?“ ou bien un
clan de militaires qui mène les destinées du pays. On a peine à distinguer
où réside le pouvoir. Il n’y a qu’une seule chose qui le caractérise:
3 millions sont décidés à s’imposer à 12 millions de nationalités diverses
qu’ils veulent façonner à leur image, de gré ou de force. Il y a là les
Macédoniens, les Croates, les Monténégrins et d’autres qu’on ne pourra
pas serbiser, C’est une question qui ne peut être résolue que par la
volonté des nationalités mêmes. D’une façon ou d’une autre, quel que
soit le nom du gouvernement serbe, rien ne sera changé dans le système
de dénationalisation poursuivi jusqu’à présent. Rien non plus ne pourra
être enlevé aux droits des minorités, des droits d’ordre internatiomal,
expressément garantis par les traités, contre des surprises