en. XXUl. — DES PRIMES ACCORDÉES A LA PRODUCTION. í¿90
CHAPITRE XXm.
DES PRIMES ACCORDÉES A LA PRODUCTION.
11 peut être de quelque intérêt de considérer les effets d’une prime
accordée à la production agricole et à celle des denrées manufactu
rières, pour faire l’application des principes que je me suis efforcé
d’établir sur les profits des capitaux, sur les produits annuels de
la terre et du travail, et sur le prix relatif des objets fabriqués et
des produits naturels. Supposons d’abord qu’on mît un impôt sur
toutes les denrées pour lever un fonds destiné par le gouvernement
à donner des primes d’encouragement pour la production du blé.
Comme aucune portion de cet impôt ne serait dépensée par le gou
vernement, et comme tout ce qu’il recevrait d’une classe de per
sonnes il le rendrait à une autre, la nation, prise en masse, ne se
trouverait ni plus riche ni plus pauvre par l’effet d’un tel impôt
et d’une semblable prime. On conviendra sans doute que l’impôt
sur les denrées, qui fournirait ce fonds, aurait l’effet de faire haus
ser le prix des objets imposés ; tous les consommateurs de ces objets
contribueraient par conséquent à ce fonds, ou, en d’autres mots,
le prix naturel et forcé de ces choses ayant haussé, leur prix cou
rant hausserait de même. Mais par la même raison que le prix na
turel de ces denrées aurait haussé, celui du blé serait tombé. Avant
qu’on eût accordé une prime à la production, les fermiers auraient pu
obtenir de leur blé un prix qui leur permît de se rembourser de
la rente, de leurs frais, et de retirer les profits ordinaires ; après
la concession de la prime, ils recevraient plus que ces profita si
le prix du blé ne tombait pas d’une somme au moins égale à la
prime. L’effet de l’impôt et de la prime serait donc de faire haus
ser le prix des denrées d’une somme égale à celle de rim[)ôt dont
elles sont grevées, et de faire baisser le prix du blé d une somme
égale à la prime.