LES SALARIÉS ;
ment inintelligible. Il ne faut pas juger de l’efficacité des
grèves seulement par la proportion des grèves ayant réussi
ou échoué que donnent les statistiques. Une seule grève qui
réussit peut faire augmenter les salaires dans une foule
d'industries. Et d’ailleurs ce qui agit pour relever le taux
des salaires c’est moins la grève elle-même que la crainte
toujours imminente de la grève.
Ceux qui nient l’efficacité des grèves pour accroître le
salaire font remarquer que la hausse des salaires a été au
moins égale ou supérieure pour les salariés qui n’ont jamais
fait grève et même qui n’ont point de syndicats organisés :
par exemple, pour les ouvriers agricoles et les domes-
tiques. — Mais pourquoi? Parce que ceux-ci ont bénéficié
indirectement de la hausse des salaires dans les autres
industries où les ouvriers sont organisés. Si les salaires ont
monté à la campagne c’est parce que les ouvriers des cam-
pagnes les ont quittées pour aller chercher à la ville de plus
hauts salaires. Et, de même, les gages des domestiques
suivent le taux des salaires industriels. En sorte que ce sont,
en définitive, les métiers organisés qui deviennent les régu-
lateurs du marché du travail, tandis que, jusqu’à présent,
c’est au contraire la foule des misérables qui pesait sur ce
marché — et c’est là un immense progrès, économique et
moral.
On dit aussi que les ouvriers perdent plus qu’ils ne gagnent
à la grève, même quand la grève a été victorieuse. On veut
dire par là que les salaires qu'ils perdent par suite du chô-
mage, les petites économies qu'ils sont obligés de dépenser
pour vivre, ou les dettes qu'ils contractent chez leurs four-
nisseurs, font plus que compenser l’accroissement de salaire
qu’ils peuvent conquérir. Mais les calculs que l’on a faits
dans les Offices du Travail de France et d'Italie démontrent
arithmétiquement que cet argument est inexact et qu'au
contraire, les accroissements de salaires obtenus par les gré-
vistes, en supposant même qu'ils ne durassent qu’un an —
supposition certainement trop défavorable aux ouvriers, car
les augmentations une fois acquises sont le plus souvent
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