Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LE SULTAN ET LE PACHA. 
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Mais la crise touchait au dénouement. Un ambassadeur 
anglais, lord Ponsonby, venait d’arriver et soutenait l’amiral 
Roussin. Des vaisseaux français et anglais paraissaient dans 
l’Archipel. Méhémet-Ali ne se souciait pas d’entrer en 
guerre avec la Russie: il craignit de compromettre ses 
avantages. Le sultan, sur les instances de l’ambassadeur 
de France, accepta les conditions du pacha d’Égypte. Ce 
fut la convention de Kutayeh, qui, sous la forme d’un fir 
man, en date du 5 mai 1833, accorda à Méhémet le gouver 
nement de toute la Syrie et du district d’Adana, c’est-à-dire 
les défilés du Taurus. 
Dès le mois de juin. Ibrahim avait évacué l’Asie mineure. 
Les ambassadeurs français et anglais agirent pour hâter le 
départ des Russes. Ils ne partirent que le 10 juillet, et on 
se félicita que la crise fût enfin dénouée. 
On apprit bientôt que, le 8 juillet, le prince Orlof, confi 
dent du tsar, avait signé avec le gouvernement ottoman le 
traité d’Unkiar-Skélessi. C’était le paiement du service 
rendu. « Inspirée par le sincère désir d’assurer la stabilité 
et l’entière indépendance de la Sublime Porte, » la Russie 
s’engageait à lui fournir tous les secours de terre et de mer 
qu’elle réclamerait. En échange, la Sublime Porte s’enga 
geait à fermer les Dardanelles, c’est-à-dire à ne permettre 
à aucun bâtiment étranger d’y entrer sous un prétexte quel 
conque. Ainsi la Russie avait, comme jadis en Pologne, un 
continuel prétexte à intervention ; elle était en outre inat 
taquable dans la mer Noire. En d’autres termes, elle se 
réservait la possibilité d’agir seule dans l’empire ottoman, 
par une sorte de protectorat, et elle éloignait l’action des 
autres puissances. 
L’émotion fut alors très vive à Londres et à Paris. Le 
gouvernement anglais proposa au gouvernement français 
d’aller aussitôt brûler la flotte russe à Sébastopol. Des croi 
sières anglo-françaises sillonnèrent l’Archipel. La guerre 
parut imminente, d’autant plus que le tsar Nicolas était peu 
disposé à reculer, triomphait de son succès en paroles pro 
vocantes. Le duc de Broglie ne crut pas le trône de Louis- 
Philippe assez solide pour affronter une lutte dans laquelle 
la Russie pouvait compter sur la Prusse et sur l’Autriche. 
Car la Révolution de juillet 1830 avait eu pour conséquence 
une reconstitution, d’ailleurs éphémère, de la Sainte- 
Alliance. L’irritation de la France et de l’Angleterre se 
aima ; elles déclarèrent seulement ne pas recconnaître les
	        
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