Full text: Oeuvres complètes

i30 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
effet sur le prix des salaires, et, dans d’autres cas, la hausse des salai 
res précède celle du blé ; quelquefois aussi l’effet est lent, et quel 
quefois, au contraire, assez rapide. 
11 me semble que ceux qui soutiennent que c’est le prix des ob 
jets de première nécessité qui règle le prix de la main-d’œuvre, eu 
égard toujours à l’état particulier des progrès de la nation, admet 
tent trop facilement qu’une hausse ou une baisse dans le prix des 
objets de première nécessité n’est suivie que lentement d’une pareille 
hausse ou baisse des salaires. Le haut prix des vivres peut provenir 
de causes très-différentes, et peut par conséquent produire des ef 
fets très-différents aussi. 11 peut venir : 
l’attention du penseur, de l’économiste. Cette célérité qui suffit à l’auteur, dont 
la plume glisse sur ces redoutables problèmes, se traduit eu une effrayante et 
longue agonie pour les classes sur lesquelles retombent les crises financières. 
Une heure, un jour, une année ne sont rien pour des théories scientifiques 
dont le domaine est l’infini, dans le temps, dans l’espace ; mais ils sufGsent pour 
décider de l’agonie ^d’une famille, et de la ruine d’une industrie. A la longue, 
sans doute, l’équilibre entre les salaires et les subsistances tend à se rétablir, et, à 
prendre l’histoire de 1 industrie par catégories de siècles, on verra croître parallè 
lement le niveau des salaires et celui des prix ; mais combien de transitions 
cruelles, cachées sous cette vaste enveloppe des siècles, viennent démentir l’as 
sertion de Ricardo! combien de convulsions ont démontré la lenteur avec la 
quelle s’opère la hausse des salaires, et la rapidité avec laquelle, au contraire, 
ils s’abaissent dans les années de disette. Les faits abondent pour certifier ce 
douloureux martyrologe. Ainsi, pour chercher nos exemples dans la terre clas 
sique des crises industrielles, ou a toujours vu, eu Angleterre, les époques de 
grande cherté correspondre avec celles des salaires réduits et msullisants. Eu 
1804, le prix du blé étant de 44 sh. 10 s., le salaire des agriculteurs s’éleva à 
8 sh. Eu 1817, les prix ayant atteint 100 sh. 5 d., les salaires s’arrêtaient à 
12 sh. ; — posant ainsi un accroissement de 200 ®/o ^dans les prix, en face d’un 
accroissement de 33 “/o seulement dans les salaires. Adam Smith avait entreru 
ce jeu fatal des salaires et des subsistances, et les événements l’ont mis hors de 
doute avec une impitoyable rigueur. 11 n’a manqué à Ricardo, pour rester con 
vaincu de l’erreur où il s’est laissé entraîner, que d’assister au drame lugubre qui 
se joua eu 1839-40-41, dans les districts manufacturiers de l’Angleterre. 11 eût pU 
voir la réserve de la Rauque descendre de 9,302,000 L à 3,500,000 I., le nombre 
des faillites s’élever en quatre ans de 800 à 1,500, la taxe des pauvres grandir à 
Oldham de 159 °¡o, à Bolton, de 304 ®/o, enfin, le pays se dépeupler par l’éun- 
gration, la mort et les prisons. Quelques mois suffirent pour répandre ces calami 
tés sur la puissante Albion, et il lui fallut cinq ans d’efforts, de sacrifices pour 
réparer ses forces, reprendre son aplomb et se remettre en marche avec son éner 
gique mot d’ordre ; AU right ? Que deviennent, en présence de tous ces faits, 
degrés très-différents de célérité que Ricardo affirme ici pour les combattre 
un peu plus loin ? A. b,
	        
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