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LA HONGRIE
damier fertile de leurs champs et de leurs moissons; de jolis villages entre
vus à travers les arbres appliquent avec une finesse de dentelle leurs petites
maisons blanches sur le velours des prairies montantes ou le bleu satin du
ciel.
La ville de Raab, au pied de sa colline, ressemble à une grande aqua
relle qui sèche au soleil; et le couvent du mont Saint-Martin se détache
avec des teintes de vieille majolique sur son socle de rochers festonné de
pampres.
Sur l’autre rive, des troupeaux de bœufs passent, conduits par un paysan
hongrois au vaste chapeau noir, à la pelisse brodée, aux pantalons blancs
qui descendent en franges à la hauteur de la botte.
Les îles que forme ici le fleuve se divisent entre elles en plusieurs îlots,
que relient des canaux naturels ou creusés à main d’homme. Des oiseaux
aquatiques, au plumage étincelant comme un écrin de pierreries, se jouent
à l’ombre argentée des saules ou autour des roseaux qui se dressent avec
une roideur de lance ; des hérons mélancoliques, perchés sur leurs hautes
jambes comme sur des échasscs, se tiennent au bord de l’eau, dans une
immobilité de bête empaillée, attendant le poisson qui ne vient pas ; des
hirondelles habituées à nicher sur les berges volent en poussant de joyeux
cris d écoliers en vacances, et s’égrènent dans l’air comme des colliers de
perles noires.
Les vapeurs et les embarcations qui descendent la llaab jusqu’au Danube,
les magnifiques steamers de la Compagnie de navigation austro-hongroise
qui se croisent là comme en pleine mer, les remorqueurs, les grandes barques,
véritables arches de Noé, avec leur petite maison à barrière, les sloops,
les radeaux qui passent, donnent au fleuve une vie et une animation qu’il
n’a point dans sa partie supérieure, hérissée d entraves.
Et c’est aussi à partir de Presbourg et de l’embouchure de la llaab qu’on
rencontre ces pittoresques villages flottants échelonnés le long des rives, et
composés de moulins fixés sur deux bateaux rattachés l’un à l’autre par des
chaînes. La roue, mise en mouvement par le courant, tourne au milieu
avec un gai clapotis. L hiver, les moulins sont ramenés à la rive et démontés
jusqu’au retour du printemps.
Des familles entières vivent ainsi sur l’eau une partie de l’année, ne
venant à terre que pour livrer leur mouture ou chercher des provisions cl
du blé.
Plus proches de nous, d énormes barques étaient à P ancre, attendant
un chargement ou un remorqueur. Ces embarcations sont construites p olH ‘
des vovages de long cours; à l’arrière se tient le pilote, debout dans nnc