cil. XX. — DES PROPRIÉTÉS DE LA VALEUR ET DES RICHESSES. 253
Quoique Adam Smith ait donné de la richesse une idée exacte et
dont j’ai déjà plus d’une fois fait mention, il en donne ensuite une
seur des effets sera moins riche par rapport au possesseur de l’argent, ou celui-ci
plus riche relativement à l’autre. ^
Idaintenant, avec ces données, essayons de résoudre la grande difficulté. Com
ment se fait-il que lorsqu’un objet devient plus abondant, lorsque les bras, par
exemple, tombent à moitié prix, je sois tout à la fois moins riche en valeur et plus
riche eu jouissances? La somme de mes bas portés à l’inventaire sera moindre,
et cependant mes jouissances seront accrues, puisque j’aurai un plus graud nom-
bre de pqires. ^
Ici l’on fait sans s’en douter une question multiple, c’est a-dire plusieurs ques-
tions dans une seule ; voilà pourquoi il se peut qu’il y ait plusieurs réponses, et
que ces réponses soient toutes justes, au moins dans le point de vue sous lequel
on considère la question. .
Si vous vous considérez comme possesseur d’une certaine quantité de bas, et
que les bas tombent à moitié prix, non seulement relativement à l’argent, mais
relativement à toute autre espèce de marchandise, alors cette portion de vos ri
chesses a diminué de moitié relativement à toutes les autres; ou, ce qui revient
au même, toutes les autres richesses ont doublé par rapport à celle-là. Si vous ac
quériez en vendant une paire de bas six livres de sucre, vous n’en acquerrez plus
que trois ; vos jouissances en bas seront demeurées les mêmes : mais si vous voulez
les changer cout des jouissances en sucre, vous n’obtiendrez plus de ces derniè
res qu’une moitié de ce que vous auriez obtenu. La somme des moyens de jouis
sances qui existaient dans la société, n’a ni augmenté ni diminué ; la somme des
richesses non plus; la valeur de toutes les marchandises par rapport aux bas
(l’argent compris) a haussé précisément autant que la valeur des bas a baissé ;
car, encore une fois, il est de l’essence de la valeur d’être relative. Quand on con-
sidie dans les choses une qualité absolue, comme la jouissance qui résulte de
leur usage, on n’en considère plus la valeur échangeable. On considère une jouis
sance, et non plus une richesse.
Que si vous considérez les bas, non plus comme une marchandise déjà pro
duite, mais comme une marchandise pouvant se produire, et qui, en baissant à la
moitié de son ancien prix, vous permet d’en consommer une double quantité,
ou, ce qui revient au même, une (pialité le double plus belle, sans pour cela
faire un plus grand sacrifice, alors vous considérez la \ aleur des bas dans son
rapport avec la râleur de votre revenu, et vous vous trouvez, relativement à
ce prodidt en particulier, le double plus riche que vous n’étiez, puisqu’on moyen
du même sacrifice vous obtenez en ce genre une double jouissance.
C’est en ce sens que, bien que la valeur soit la seule mesure de la richesse, une
baisse de prix est une augmentation de richesse, puisque alors votre revenu a dou
blé par rapiiort aux bas ; et si les perfectionnements dans les procédés de la pro
duction avaient été pareils pour tous les autres produits, votre richesse-revenu
serait véritablement double. C’est cemme si le fonds d’où vous tirez votre revenu
avait doublé, soit que ce fonds fût en terres, en capital, ou bien en talents indus
triels.