LE HAUT PRIX DES LINGOTS. üi
le prix d’une livre d’or, et la différence entre le prix au marché et
celui delà monnaie, entre 56 l. et 46 l. 14 s. 6 d., déterminerait la
dépréciation.
Si l’on continuait à attacher le nom de Ruinées au coin altéré, et si
l’on cotait la valeur des lingots d’or et des autres marchandises avec
cette même monnaie avilie, une guinée nouvellement issue de la
monnaie vaudrait nominalement 1 1. 5 s., et le spéculateur illicite
lui donnerait cours au taux de c^tte dernière évaluation. Toutefois
ce ne serait pas la valeur de la nouvelle guinée qui aurait été accrue,
mais bien au contraire, celle des guinées altérées qui aurait fléchi. Ceci
prendrait immédiatement le caractère de l’évidence, si par un arrêté
on interdisait de donner aux guinées altérées un cours autre que le
prix de la monnaie, soit 3 1.17 s. 10 d. Ce serait substituer,
pour étalon métrique de la valeur, les nouvelles et fortes guinées
aux guinées rognées et dépréciées. Les dernières passeraient alors
pour leur valeur intrinsèque et seraient appelées des pièces de 17 ou
18 shillings. Ainsi, si on promulguait aujourd’hui un édit sembla
ble, il n’arrêterait pas le cours des billets de banque, mais il les
ferait passer seulement pour la valeur des lingots d’or qu’ils pour
raient acheter. Une guinée ne vaudrait plus alors 11.5 s., et un
billet d’une livre aurait cours seulement pour 16 ou 17 shillings.
Aujourd’hui l’or n’est qu’une marchandise, et les billets de banque
sont l’étalon métrique de la valeur ; mais dans cette hypothèse l’or
prendrait ce dernier caractère, et les billets de banque deviendraient
la marchandise négociable.
« C’est la stabilité de notre change général, dit M. Thornton, ou, en
» d’autres termes, l égalité du prix de l’or au marché et à la mon-
» naie, qui paraît être le signe distinctif d’une circulation de papier
» non dépréciée.»
Si les événements qui provoquent l’exportation de l’or éclatent
au moment où la banque a suspendu ses paiements, et où l’on ne peut
se procurer l’or au prix de la monnaie , la petite quantité qu’on en
pourra recueillir sera destinée à être expédiée au dehors. Les bil
lets de banque s’échangeront contre l’or sous un escompte propor
tionné à leur abondance. En disant cependant que l’or est à un haut
prix, nous nous trompons. Ce n’est pas l’or, c’est le papier qui a
changé de valeur. Comparons une once d’or, ou 3 1. 17 s. 10 1/2 d.
aux marchandises, et nous verrons se reproduire entre ces deux ter
mes les mêmes rapports de valeur, sinon il faudra attribuer la diffé
rence à une augmentation d’impôts ou à une de ces causes multiples