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LE HAUT PRIX DES LINGOTS,
pays sans elle. M. Locke, sir James Steuart, le docteur Smith, lord
Liverpool et M. Thornton ont tous à l’envi professé cette opinion. Ce
dernier dit : « La teneur de la loi anglaise tend indubitablement à
» décourager et à limiter rexportation des guinées; —mais elle ne
» saurait agir avec efficacité quand cette exportation est provoquée par
'* une balance de commerce défavorable, et peut-être ne la restreint-
» elle qu’imperceptiblement quand les bénéfices de l’opération de-
» viennent considérables. « Cependant dès que le spéculateur illicite
aura, dans l’état actuel des choses, fondu et exporté toutes les gui-
nées qu’il aura pu recueillir, il hésitera avant d’acheter ouvertement
des guinées à prime et de les payer en billets de banque. Car en
face des profits importants attachés à cette spéculation , il voit se
dresser des soupçons menaçants. On le surveillera et on l’empêchera
de réaliser ses projets. Comme les pénalités sont sévères et l’appât jeté
aux délateurs considérable, le secret devient la condition essentielle
de scs opérations. Il est facile de se soustraire à la loi, quand on
peut obtenir des guinées eu envoyant simplement des billets en rem
boursement à la banque. Mais quand il faut les puiser ouverte
ment dans une circulation disséminée sur une grande étendue et
composée presque entièrement de papier, il faut des avantages bien
majeurs pour faire braver aux spéculateurs le danger d’être décou
verts.
Nous pouvons nous faire une idée du développement qu’a dù pren
dre l’exportation de l’or, en rétlée,bissant qu’il a été frappé plus de
(>() millions sterling de guinées pendant le règne actuel. — Mais rap
portez la loi contre rex])ortation des guinées, laissez un libre cours à
cette industrie, et rien ne pourra empêcher de vendre une once denos
guinées d’or au titre, pour le même prix en billets de banque qu’une
once de monnaie d’or portugaise ou d’or-lingot, si on lui reconnaît
un degré de pureté égal. — Si cette once d’or se vend sur le marché
au prix actuel des lingots au titre, à 41. 10 s. l’once, ou à leur prix
immmédiatement antérieur, à 4 1. 13 s. l’once, quel marchand con
sentira à recevoir indifféremment pour ses marchandises la même
valeur en billets de banque ou en or? Si le prix d’un habit était de
3 1 17 8. 10 1/2 d., ou une once d’or, et si en même temps l’once
d’or se vendait 41. 13 s. en billets, irait-on jusqu’à croire qu’il doit
sembler indifférent au tailleur d’être payé avec l’une ou l’autre de
ces monnaies?
C’est seulement parce qu’une guinée n’aebète qu’un billet d une
livre et un shilling, qu’un grand nombre de personnes hésitent à re