Full text: Oeuvres complètes

ESSAI SUR L’INFLUENCE DU BAS PRIX DES BLÉS. 068 
revenu total de ces 20 millions ; et cette perte ils ne 1 eussent pas 
supportée s’ils n’avaient pris le rôle d’exportateurs. 
Quelle que soit l’importance des restrictions imposées à leurs ex 
portations par les pays étrangers, la hausse dans le prix des blés 
s’y arrêterait toujours en raison de la quantité supplémentaire de 
céréales produite en vue de notre marché. 
Quant à la production du blé, et en prenant un seul pays pour 
point d’observation, on a remarqué que si les récoltes sont mauvai 
ses dans un district, elles sont généralement abondantes dans un au 
tre, et que si les saisons ont été fatales à un sol ou à une localité, 
elles ont été favorables à une localité et à un sol différents. C’est ainsi 
que la Providence, exerçant son pouvoir régulateur, nous a généreu 
sement protégés contre le retour fréquent des famines. S icette obser 
vation est juste, appliquée à un pays, quelle puissance n’acquiert- 
elle pas si on l etend à l’ensemble des pays qui composent notre 
monde? L’abondance d’un pays ne viendra-t-elle pas toujours suppléer 
à la disette qui afflige d’autres points : et après l’expérience person 
nelle qui nous démontre l’influence fécondante des prix élevés sur 
la masse des approvisionnements nous est-il permis de croire aux 
dangers qui nous menaceraient, si nous laissions aux importations le 
soin de nous fournir le blé nécessaire à notre consommation de quel 
ques semaines ? 
Tous les documents que j’ai consultés tendent à établir que le prix 
du blé en Hollande, c’est-à-dire dans un [)ays dont l’approvisionne- 
ment déj)eud presqu’entièrement des marchés étrangers, a été d’une 
fixité remarquable, et cela au milieu des convulsions qui ont der 
nièrement agité rEurope. Malgré l’exiguité de ce pays, un tel phé 
nomène prouve que l’effet des mauvaises saisons ne frappe pas exclu 
sivement les pays importateurs. 
Je reconnais que l’agriculture a été enrichie de nombreux perfec 
tionnements et que de grands capitaux ont été consacrés à la culture du 
sol ; mais tant d’efforts et de perfectionnements n’ont pu vaincre les 
complications naturelles qui résultent pour nous d’une richesse et 
d’une prospérité en progrès, et qui'nous obligeront à cultiver à perte 
nos terres inférieures si l’on restreint ou si l’on prohibe l’importation 
du blé. Si, dégagés des entraves de la législation, nous étions livrés 
à nous-mêmes, nous enlèverions de la culture de ces terrains arides 
les capitaux qui y sont engages, et nous demanderions à l’importa 
tion la masse de produits qu’ils nous donnent aujourd’hui. Le capi- 
{OEuv. de Ricardo.)
	        
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