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LA II OS GL IE
révèle, à la fois sévère et gracieux, sublime et sauvage, rempli de contrastes
et de surprises, de scènes inattendues et charmantes : des coteaux verts
et des ravins aux flancs déchirés, des pentes adoucies, des collines roules,
des cultures variées, de sombres draperies de forets, des amphithéâtres de
montagnes aux souples et délicates dentelures, aux lignes ardues ou brisées,
harmonieuses dans leur rudesse et accidentées dans leur simplicité, des
plateaux touffus d herbages et constellés de jolies fleurs, comme si une pluie
de perles était tombée sur leurs gazons, se déroulent successivement à vos
regards. Ici s’ouvrent des vallons verdoyants, en forme de conque ou de
berceau, ombragés de beaux arbres, avec des fermes qui rient portes et
fenêtres grandes ouvertes, comme de grosses paysannes de bonne humeur,
à demi vêtues, au milieu de leur turbulente basse-cour. Là se dressent
des parois de rocher jaunes et abruptes, aux crevasses noires servant de
refuge aux oiseaux de nuit; plus bas, se creusent des ravines croulantes,
jonchées de vieux sapins aux barbes de lichen, tombés sous la foudre ou
le poids des ans. Au fond d’un gouffre insondable, hurle un torrent qui
se débat sous l’étreinte d’immenses blocs de pierre tombés. Puis ce sont
des cascades qui semblent, à distance, figées dans leur chute, pareilles à
une coulée de glace ou de cristal.
De loin en loin, par une échappée lumineuse, on découvre à l’issue
d’une gorge, ou au milieu d’une vallée montante qui se perd dans 1 in-
fini, les toits de quelques hameaux, bariolant de taches rouges le tapis
vert des pâturages; ou bien, plus près, à la pointe d’une arête rocheuse,
c est la silhouette nettement découpée d’un pâtre qui se profile : appuyé
sur son long bâton, dans une attitude de statue, son sac de cuir en ban
doulière, son large chapeau sur les yeux, il surveille, immobile, un trou
peau de chèvres suspendues au bord des abîmes. Au troisième plan, dans
des fonds de tableaux clairs, se dressent des monticules pelés, rongés pal
les pluies, surmontés de grands tas de pierres blanches ébauchant des
créneaux rompus, des pans de murailles crevées et effondrées, des arcs
brisés de fenêtres gothiques; et, tout au bout de l’horizon, des pics aigus,
taillés comme des aiguilles, déchirent d’un jet hardi de javelot les voiles
bleus et ondoyants de l’air.
Derrière ce heiissemcnt de cimes pointues et glacées, formant comme
un faisceau de baïonnettes, apparaissent, enveloppés de leur long man
teau de neige plus blanc que l’hermine, les sommets du Schneeberg et du
Raxalp, coiffés de diadèmes d’argent. Ce spectacle dure une demi-journée;
et sur la scène immense qui vous entoure, c’est un changement de décors
qui se succèdent comme dans une féerie splendide.